5+5 That Summer (David Sanson)

A la tête du groupe That Summer, David Sanson n’a cessé, au fil des années, de faire évoluer son groupe et sa musique empruntant à  chaque fois des directions nouvelles et toujours très intéressantes. Aujourd’hui, avec »Miss Near » il propose un album à  dominante rock, composé avec des gens tels que Etienne Bonhomme (Innocent X), Bernd Jestram (Tarwater), Olivier Manchion (Ulan Bator) ou encore l’incontournable Sylvain Chauveau. L’occasion pour lui de revenir sur ses disques favoris avec des choix passionnants et très détaillées.

octobre 2010

5 disques du moment :

Programme, : Agent réel (Ici d’Ailleurs, 2010)
Un groupe essentiel, dont je range les oeuvres parmi les plus fortes qui se produisent aujourd’hui, toutes disciplines confondues. Personne ne parle comme Programme du monde d’aujourd’hui, de nos lâchetés et compromissions quotidiennes, ; et rares sont les groupes qui produisent une musique aussi puissante, et aussi riche, qui brasse la cold-wave et le hip-hop, la musique concrète et le rock »Ce disque me semble le digne prolongement de l’Enfer tiède, il s’écoute comme une dramaturgie, un film qui deviendrait de plus en plus tendu, violent »Le Pornography des années 2010, ?

LCD Soundsystem, : This Is Happening (EMI, 2010)
Pour moi, l’un des très rares groupes de  » rock,  » vraiment passionnants à  être apparus depuis les années 2000 – avec The Chap, Animal Collective, Battles ou Liars. LCD Soundsystem se distingue vraiment de la triste cohorte des suceurs de roue des 80.’s/90.’s (beaucoup de groupes me semblent se contenter de plagier un répertoire de façon extrêmement littérale, comme s’il s’agissait de reproduire l’histoire, de raconter le post-punk – ou les disques Sarah Records – aux,  générations qui l’auraient manqué, à  la manière de  » tributes bands 2.0,  » ; et le pire, c’est que la presse les suit), et cela tient sans doute à  l’intelligence et au talent de James Murphy, : j’avais été très marqué notamment par un entretien qu’il accordait en 2005 à  Pitchfork.com dans lequel il s’interrogeait sur le fait d’attendre l’âge de 35 ans pour sortir un premier album – la question de l’âge est une problématique tout à  fait passionnante dans le cas du rock… Comme les précédents, ce disque est une collection de titres diablement bien faits (voir Pow Pow ou You Wanted A Hit), sans tomber pour autant dans les tics de production à  la mode (cf. tous ces disques au son hyper compressé, comme s’ils étaient d’emblée conçus pour les téléphones portables). Et sur scène, c’est une vraie machine à  danser – et j’adore danser. Grand chanteur, grand performeur, super musicien, excellent compositeur, et producteur de grande classe, : je ne sais pas si Murphy continuera ou non LCD, en tout cas je le verrais bien devenir une sorte de Brian Eno »

PVT : Church With No Magic (Warp, 2010)
l’occasion de saluer le label Warp, dont tant de productions ont compté pour moi (Autechre, Boards Of Canada, Seefeel, Broadcast ») »et de souligner combien je trouve au contraire plutôt indigentes la plupart de ses nouvelles signatures  » rock,  » domaine dans lequel Warp me semble nettement moins visionnaire qu’il n’a pu l’être en matière de musique électronique. Après l’excellent album de Flying Lotus paru il y a quelques mois (Cosmogramma), ce disque d’un groupe dont j’avais un peu laissé passer le premier opus, m’a bien accroché l’oreille, : j’aime beaucoup la voix un peu  » Tears For Fears,  » du chanteur, ce mélange entre instruments électroniques et électriques, dont le résultat sonore me fait penser à  certaines productions du label Mute (Depeche Mode en tête) »

Systems Officers, : Underslept (Temporary Residence, 2009)
Sorti il y a déjà  quelque temps, c’est le projet solo du bassiste de Pinbach, Zach Smith. Tout n’est pas excellent, mais il y a une poignée de titres qui volent vraiment très haut, sur lesquels je retrouve tout ce qui me plaît chez Pinback, : un son très caractéristique et difficilement définissable, à  la fois doux et rêche (c’est sans doute dû au jeu de basse justement, ainsi qu’à  l’utilisation de la guitare baryton), ; un sens de la mélodie accrocheuse, de la construction, du gimmick qui tue, des ambiances entre post-Nirvana et post-Cure »

Arvo Pärt : Symphonie n,º 4 (ECM, 2009)
Pour choisir un disque parmi la riche production ECM, label à  la constance et à  l’ouverture exemplaires, ; pour citer Arvo Pärt, dont la musique me transporte. Une musique qui, comme celle de beaucoup de compositeurs dits  » contemporains,  » et comme toute musique d’ailleurs, gagne à  être découverte en concert – on y trouve une puissance et une profondeur que peu de concerts de rock atteignent.

5 disques pour toujours :


The Cure : Faith (Fiction Records, 1981)
Un de mes grands chocs. Le miracle de la musique est de rendre certains instants éternels, et je n’oublierai jamais ce que j’ai ressenti lorsque, un jour d’hiver tout gris, j’ai posé sur ma platine ce disque à  la pochette de la même couleur »J.’adore les compositions, la voix et la guitare de Robert Smith, la production de Mike Hedges, et cette densité climatique obtenue avec une telle simplicité de moyens »

Cocteau Twins : Victorialand (4AD, 1986)
Un disque à  la fois que je ne me lasse pas d’écouter, à  la fois suranné et moderne, qui me propulse instantanément dans une autre dimension tout en prodiguant une paix et une sérénité phénoménales. Et là  encore, avec peu de choses – juste des voix et des guitares démultipliées »Je continue de suivre ce que fait Robin Guthrie en solo – et j’écoute très souvent aussi la bande originale qu’il a composée, avec Hardol Budd, pour Mysterious Skin, le magnifique film de Gregg Araki.

David Sylvian : Secrets Of The Beehive (Virgin, 1987)
Un artiste que je trouve éminemment admirable, à  la fois pour son parcours artistique – de la pop néoromantique de Japan à  l’hyper expérimentation de son dernier disque solo – et pour son cheminement  » spirituel « . Un disque de pop orchestrale de grand style, des musiciens triés sur le volet, une voix douce comme du miel, des compositions brillantes »

Gurdjieff/De Hartmann : Musique pour piano (par Alain Kremski, Naîve)
On peut prendre n’importe lequel des disques enregistrés par le pianiste Alain Kremski (il y en a une dizaine, réédités par Naîve il y a quelques années), l’effet est le même : cette musique prodigue un calme équivalent à  celui du yoga »Quoi que l’on pense de Gurdjieff (que l’on considère comme une sorte de  » gourou  » ce qui me paraît pour le moins simpliste), sa musique possède une force indéfinissable, et proprement intemporelle, immémoriale. Elle est parcourue d’échos d’Orient ou d’Asie Centrale (ces pièces sont les transcriptions pour piano, réalisées par De Hartmann, des bribes de mélodies que Gurdjieff avait entendues au cours de ses nombreux voyages  » initiatiques « ), mais aussi de Borodine, de Satie, de Bach ou de Couperin, on ne saurait dire de quand elle date »Un peu comme Victorialand, ces disques font partie de ceux que j’écoute quasiment chaque semaine, sans m’en lasser.

Claude Debussy : Children’s Corner pour piano (par Michelangelo Benedetti, Deutsche Grammophon)
Je l’avais en disque lorsque j’étais enfant, et ce recueil de courtes pièces composées par Debussy en l’honneur de sa petite fille continue de produire son effet madeleine. Toutes perspectives freudiennes mises à  part, il faudrait des pages pour expliquer avec justesse ce que cette musique suscite en mois – ce piano tour à  tour liquide et fragile, ces harmonies si savantes et si évidentes »J.’aurais pu mettre les Miroirs de Ravel ou le Phrygian Gates de John Adams, mais si je ne devais retenir qu’une oeuvre pour piano, ce serait peut-être celle-ci.

Plus+
www.talitres.com/thatsummer_f.htm
www.thatsummermusic.com

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