Dans la chaleur des nuits du Nord, retrouvez nos envoyés spéciaux Dupont et Dupond Benjamin Dubois et Benjamin Dubiez au coeur de la cité des Flandres, pour un compte-rendu (un peu tardif, nostra culpa) des journées du festival.
Inrocks, 4 novembre 2010
Dans la poche, une dose du parfum sponsor (qu’on ne nommera pas dans un soucis d’indépendance un peu vain vu le nom du festival !) et dans le sac le 1er groupe de cette 1ere soirée du Festival où j’arrive en retard dans une salle vidée de ses fumeurs le temps du changement de plateau.
Renseignement pris, les Free Energy ont repris gratuitement l’énergie des Weezers pour un concert dynamique, plus pétard de college boys que dynamite en bar (je dédie cette contrepèterie à toi festivalier qui m’a rencardé pour cette partie de chronique ). On jetera quand même une oreille sur leur premier album Stuck on Nothing édité chez l’ami James Murphy.
La salle n’est pas encore remplie quand arrive sur scène le second groupe de la soirée : les Surfer Blood, pour un concert surprenant. Ça commence vite et fort avec le single Fast Jabroni qui donne le rythme, soutenu par un clavier tout droit échappé de la Stone Family. Je sais qu’on n’attaque pas le physique alors je ne dirai rien de la touche de Pitts, le chanteur, qui a trouvé à West Palm Beach des photos de mon cousin qui habite Dijon pour lui piquer son look. C’est pas cool.
9 chansons (set list : Fast Jabroni donc, Take it easy, Twin Peaks, Harmonix, Floating vibes, Catholic Pagans, Swim, (New song ?), Anchorage ) et quelques montées pas toujours bien maîtrisées plus tard (sur Swim ou Harmonix), on retiendra qu’il ne faut pas forcement avoir les cheveux longs et la planche fartée pour avoir l’air cool sur les plages de Floride. La comparaison avec Pavement est peut être un peu flatteuse, il y a encore du boulot mais avec leur looks de 1er de la classe, je ne me fais pas trop de soucis.
Il est temps de te faire une confidence. J’aime me bouger sur des rythmes évidents et un peu sales mais je n’ai jamais été grand fan du duo Doherty/Barât. Tu peux imaginer que je suis complétement passé à côté des Dirty Pretty Things et que je crains un peu l’arrivée du Sieur Barât sur la scène de l’Aeronef.
Clope au bec, canette de Stella, bandana rouge et perfecto…Renaud sort de ce corps !
La mèche à la Rimbaud et le regard planté au balcon, le rocker qui se veut crooner enchaîne 14 titres (oui madame) en mélangeant allégrement les titres calmes (et parfois mièvres avec un So long qui a paru bien long par ailleurs…n’est pas Divine Comedy qui veut) et les brûlots rocks de la période Libertines qui enflamment (enfin !) une salle déstabilisée par les ruptures de rythme. On termine chaud sur un Don’t look back avec Carl en marcel et un rappel qui ne viendra pas et qui fait retomber la température de quelques degrés. On sent quand même le gars sympa derrière l’image de faux rebelle et ça change de voir des musiciens pros qui ne se trompent pas d’accord à chaque note (et vice versa).
Les lumières se rallument et la transhumance tabagique reprend laissant la salle sur un goût d’inachevé. C’est le 3ème groupe et on n’a pas encore été réellement transporté de la soirée.
Il faudra toute l’énergie de The Drums pour faire remonter la température à coup de chorégraphies improbables et de mouvements désordonnés. Que ce soit le nouveau guitariste, frétillant comme une merguez sur un barbecue de piquet de grève ou Jonathan Pierce dont le corps bubble gum semble être devenu trop grand, la présence sur scène du groupe est incomparable. (on évite de peu la collision à plusieurs reprises). Les pédales de reverb accompagent les mouvements plutôt que l’inverse et on est pris dans une transe hypnotique avec, plié en 2 ou le regard dardé sur le public, Pierce pour prêcheur patenté. Belle communion qui se finira avec un Let’s go surfing qui ne figurait pas sur la setlist et que le public pugnace aura obtenu à la force de ses applaudissements. Une leçon pour tous les déserteurs précoces !
Compte-rendu soirée #1 : Benjamin Dubiez
photos : Benjamin Dubiez. Tous droits réservés.
Festival Les Inrocks Black XS-Lille, Aéronef, Soirée #2 vendredi 5 novembre 2010.
Récit de la deuxième soirée du Festival Les Inrocks Black XS édition 2010 dans les murs de l’Aéronef à Lille.
La Patère Rose : la prestation des québecois electro-pop de la Patère Rose ce soir est à la mesure du jeu de mots qui fonde le nom de leur formation, moyennement emballant. Pour rappel, les coordonnées géographiques de Lille : 50° 38’ 14’’ Nord et 3° 03′ 48″ Est. La ville jouit d’un climat tempéré océanique. La chanteuse-pianiste Fanny Bloom (Grosjean, à la ville) n’en aura visibiblement pas été informée qui persiste à porter une chapka. Notre embarras face à ce parti-pris vestimentaire nous aura au moins tenus éveillés. Un set sans véritable relief pour des morceaux (« La Marelle », « Pacemaker ») qui méritaient de ne pas se voir entrecoupés d’interludes Club-Med (« Organisons une bataille des sexes dans la salle, les filles faites entendre vos voix », plus tard : « Coolos, frappez tous dans vos mains »…). Et puis, cette impression tenace d’entendre Charlotte Lebon du Grand Journal quand la frontwoman s’adresse au public…
Warpaint: changement de bracquet avec le quatuor de Los-Angeles. Un set de près d’une heure, sexuel et venimeux. Un rock indé qui rudoie une new-wave rêveuse. Malgré une balance trouble-fête, Jenny Lee Lindberg, Emily Kokal, Theresa Wayman et Stella Mozgawa (batteuse d’exception) rendent justice à leur addictif premier EP, Exquisite Corpse (« Stars », « Elephants » toxiques) paru en février et à leur récent album, The Fool moins enthousiasmant mais sublimé sur scène (« Warpaint » subtilement glaçant, « Bees », « Set Your Arms Down », et « Undertow » vaporeux). Une prestation atmosphérique, délicate mais acide. Sans conteste, le meilleur moment de cette deuxième soirée.
Local Natives : entendu dans la bouche d’un festivalier proche de moi lors de l’entrée en scène des cinq de Silver Lake : « Y’a un stachu dans le groupe, t’as pas écouté une note mais tu sais déjà que c’est bon, mec ! » Un postulat douteux –un tel principe ferait de José Bové le Neil Young français ou de Chimène Badi une PJ Harvey fan de Sardou- que rien ne viendra confirmer. On ne contestera pas leur énergie et cette science de la prestation publique aux Local Natives (« Shape Shifter », « Airplanes », « Sun Hands », « World News » ou cette reprise des Talking Heads, « Warning Sign »), auteurs avec Gorilla Manor d’un album pas définitivement déplaisant, mais on se fatigue assez vite de leur pantomime trop savamment pensée et systématique. On n’entrera pas en transe aux sons de cet indie-rock épileptique simplement parce qu’il nous le commande de manière appuyée. Faudrait également cesser avec l’utilisation du tom-basse par d’autres que le batteur. On comprend bien la démonstration : « Je vis tellement la chanson cousin, je mouille mes panties, je fais le fou-fou et il faut que je tape sur des bambous » ; mais ça ne leur va pas bien… Et ça n’ajoute pas en intensité mais en bruit parasite.
The Coral : en musiciens chevronnés rompus à l’exercice du festival, les Liverpuldiens déroulent du cable. Après sept albums, James Skelly et ses buddies proposent un set best-of (« Pass It On », « Goodbye », « Jacqueline », « Calendars & Cloks », « Green Is The Color » et « More Than A Lover » extraits de Butterfly House, leur dernier Lp…) parfaitement maîtrisé néanmoins un rien chiant. On dodeline de la tête gentiment aux sons de cette country psyché 1960s style rutilante mais on pense à maman qui nous attend à la maison et on espère qu’elle nous aura laissé une part de tarte…
Benjamin Dubois
photos : Benjamin Dubiez Tous droits réservés.














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