Holiday

Holiday.jpgOn sent d’emblée que Guillaume Nicloux travaille à  l’instinct tant la comparaison entre sa trilogie policière d’une profonde noirceur et ce Cluedo léger est surprenante. Tant son style auparavant si brut devient celui d’un théâtre de boulevard aux accents machiavéliques et surréalistes.

Huis-clos ou presque dans un château déguisé en hôtel, »Holiday » déplie tout d’abord sa petite ribambelle de personnages à  double facettes, caricatures des décalages propres aux personnages de bande-dessinée. C’est en créant une volontaire impression de grotesque que le film prend de la valeur, joyau d’humour noir au croisement des genres et des ambiances. Une comédie sous acide pourtant construite sur le simple théorème des portes qui claquent, mais quelle jubilation!

Seulement, tout ce bonheur s’estompe subitement au bout de trente minutes. Il n’aura pas fallu plus qu’une lassitude de rythme pour que les personnages se dégonflent. Car Nicloux maintient jusqu’au bout les illusions qu’il veut créer avec tous ces protagonistes dont on aura bien compris qu’ils ne sont pas ceux que l’on croit. Le château de cartes se bâtit en une heure vingt, mais il ne lui reste plus que cinq minutes pour s’abattre et nous faire avaler l’invraisemblable. On pourra gentiment dire que l’accélération de la résolution appartient encore au parti pris du décalage mais le film semble finit depuis un moment. Un basculement s’est produit entre le portrait au vitriol d’une bourgeoisie tournée en dérision (et interprétée avec énergie par l’ensemble des comédiens) et le capharnaüm sexuel qui s’ensuit. Disons surtout que l’humour rabelaisien de Nicloux ne saurait véritablement s’accorder aux fonctions théâtrales de son scénario et aux accès limités de sa mise en scène, souvent bloquée entre quatre murs.

Et à  force de démontrer l’inventivité de sa panoplie de détails, de dialogues qui font mouche et de personnages de mauvais goût subissant une libido prononcée, Nicloux n’a plus le temps pour un film harmonieux ; tout est resserré dans la première partie jusqu’au point où plus aucune absurdité ne finit par surprendre. Que la belle-mère se revigore avec une montagne de muscles flamande dans la chambre d’en haut, que la femme potiche danse avec un nain défoncé, que les gens soient à  poil, transsexuels, nymphos, en pleine libération de fluides organiques en tous genres (comme le prédit le générique, tout cela risque d’être trashy), toute cette série d’hallucinations hors-propos font le goût outrancier de la recette Nicloux mais finissent par ne plus rien produire d’autre qu’un confortable ennui. Paradoxalement et heureusement, car sur la durée l’agitation hystérique de »Holiday » aurait pu être voué à  la définition d’un triste essai border-line.

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Jean-Baptiste Doulcet

Holiday
Film français de Guillaume Nicloux
Genre : Comédie policière
Durée : 1h30min
Avec : Jean-Pierre Darroussin, Judith Godrèche, Josiane Balasko…
Date de sortie cinéma : 8 Décembre 2010

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