Suite(s) impériale(s), de Bret Easton Ellis

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Comme au cinéma, faudrait toujours se méfier des suites. Et l’on ne s’est pas méfié pour Bret Easton Ellis, désireux de lire à  nouveau un grand roman contemporain, à  l’instar de Lunar Park son précédent chef-d’oeuvre, ou alors désireux de retrouver les personnages dégénérés de son premier roman Moins que zéro…On aurait peut-être dû.

Ce n’est pas que Suite(s) impériale(s) soit un très mauvais livre, ou simplement raté, non, il n’est juste pas à  la hauteur de mes espérances. Et c’est même agacé que je suis jusqu’à  la dernière page les péripéties peu inspirés des protagonistes vite identifiables de l’univers de BEE (les initiales, c’est so chic…). Car, d’une part, ce dernier ne change pas un iota du cadre et de l’esprit de son oeuvre toute entière, ici abîmée et usée jusqu’à  la corde, avec une sacrée impression de déjà -lu ; et d’autre part, il arrive presque à  singer son style et à  ne plus être que ce que l’on attend de lui, ce qui est, vous en conviendrez, un peu fâcheux, quand on attend justement d’être toujours surpris, malmené, embarqué.

Mais c’est sur un roman-croisière que BBE m’a embarqué, lorgnant toujours plus du côté de David Lynch pour dévier ses histoires de drogue, de cul et de vide existentiel vers des recoins de plus en plus sombres. C’est un mulholland drive écrit que l’auteur nous assène, avec une mollesse d’inspiration rarement présente chez l’auteur. Malgré un début prenant, quand l’écriture sèche et distanciée colle au plus près de personnages-fantômes qui semblent vivre et agir détachés de leur propre existence, c’est rapidement une intrigue policière aux codes classiques qui prend le dessus, oubliant les personnages et les ambiances glacées-glaçantes qui nous plaisaient tant. Jamais les romans de BBE n’ont été plaisants à  lire, certes, il faut le reconnaître, mais ils sont désormais ennuyeux, et c’est une nouveauté que j’espère un simple passage à  vide.

Retrouver Clay 20 ans après, avec son passé scénarisé pour un film hollywoodien, c’était la gageure de retomber dans la déchéance cocaînée et sexuée des 80’s passée à  la moulinette des 00’s crise-gueule-de-bois. Mais ce n’est que la gueule-de-bois qui semble se dessiner, avec aux commandes un auteur un peu fatigué qui tente de renouer avec son style particulier à  coups d’éclairs de génie trop brefs ou de séquences gore et chocs qui tombent un peu à  plat. Dommage.

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Jean-François Lahorgue

Suite(s) impériale(s), de Bret Easton Ellis
Traduit de l’américain par Pierre Guglielmina
Editions Robert Laffont, Collection Pavillons
228 pages, 28 €¬ environ
Date de parution : septembre 2010.

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