Poupoupidou

Avec son deuxième long-métrage, le réalisateur et scénariste Gérald Hustache-Mathieu tente, et réussit globalement, la gageure de mettre en scène deux héros, et pour être exact deux antihéros, sans qu’ils ne se côtoient jamais. Pour une raison on ne peut plus logique, : le premier David Rousseau, auteur de polars en manque d’inspiration, de passage à  Mouthe (Doubs) pour une banale affaire d’héritage, va être amené à  enquêter sur la mort de la seconde, Candice Lecoeur, la star locale, égérie publicitaire des fromageries jurassiennes, présentatrice météo sur la chaine télé régionale.

Le premier mérite de Poupoupidou est le choix du lieu, : le coin réputé le plus froid de France, avec ses vastes plateaux enneigés parsemés de sapins embrumés, constitue un excellent décor de cinéma, qui imprime à  tout le film une impression d’irréalité et d’atmosphère cotonneuse, renforcée à  son tour par l’humour saugrenu et les situations décalées qui l’émaillent, même si l’impression de froid ne traverse pas vraiment l’écran. , La deuxième grande qualité réside dans la caractérisation de l’écrivain en mauvaise passe, taciturne et distant et de la jolie Candice, blonde en apparence évaporée et légère. Au-delà  de leurs doutes respectifs suscitant en eux une mésestime tenace qu’ils peinent à  combattre, tout en l’identifiant et l’auscultant sans apitoiement, David et Candice construisent également leur existence sur le calque et l’appropriation. Si pour lui la référence passe par Ellroy et plus largement par la mythologie américaine, dont le film fait subtilement écho par intermittences, elle saute aux yeux en ce qui concerne Candice Lecoeur, version cheap et franc-comtoise de Marylin Monroe, qui pousse l’apparente usurpation jusqu’à  ponctuer sa vie par des événements similaires, : mariage avec un sportif de renom et relation clandestine avec le président du Conseil Régional, de descendance »américaine. Gérald Hustache-Mathieu n’hésite pas à  multiplier indices et clins d’oeil, avec une audace plutôt jubilatoire. Le troisième atout de Poupoupidou est à  chercher au niveau des trouvailles, plus liées au scénario qu’à  la mise en scène pour être tout à  fait honnête, qui renforcent le décalage irrationnel de ses multiples méandres. Des détails insignifiants comme l’audition hypertrophiée ou la crainte des deux-roues de David Rousseau déportent le film vers un univers burlesque qui soutient aisément la comparaison avec celui des frères Coen.

Souvent drôle, parfois,  empreint d’une mélancolie inattendue, jouant avec malignité des codes (notamment ceux de l’homosexualité, : des pompiers nus jusqu’au rapport équivoque entre Rousseau et le jeune flic qui décide de lui filer un coup de main), Poupoupidou se laisse agréablement regarder, grâce à  une histoire bien ficelée et astucieuse, à  laquelle Sophie Quinton apporte une contribution personnelle, ne se limitant pas à  une pâle imitation de l’actrice de Certains l’aiment chaud. Les nombreux cahiers intimes de Candice Lecoeur témoignent d’une froide lucidité à  propos de sa position en renvoyant par un cruel contrecoup au talent artificiel de l’écrivain. Sous des dehors ludiques et iconoclastes, le jeu de pistes s’avère féroce et ravageur, en mettant à  jour le besoin éternel et presque puéril d’être aimé, sinon reconnu.

Patrick Braganti

Poupoupidou
Comédie policière française de Gérald Hustache-Mathieu
Durée : 1h42
Sortie : 12 Janvier 2011
Avec Jean-Paul Rouve, Sophie Quinton, Guillaume Gouix,…

La bande-annonce :

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