Qui a envie d’être aimé ?

Adapté du roman Catholique anonyme, dans lequel le producteur Thierry Bizot confesse sa conversion et ses débuts avec la foi, Qui veut être aimé, ?, premier long-métrage d’Anne Gaffiéri, connue jusqu’alors comme scénariste à  la télévision française, met en scène la rencontre d’Antoine avec la grâce, un brillant avocat parisien.

Sujet délicat à  traiter tant les clichés encadrant la religion et la foi sont nombreux et rendent l’exercice périlleux au risque du ridicule et de l’invraisemblable. Il faut donc un scénario bien construit, une mise en images à  l’avenant et, enfin, une interprétation à  la hauteur pour que la tentative qui joue avec l’équilibre entre le grotesque et l’authentique, en tant que possibilité avérée, n’avorte pas lamentablement. S.’il y a peu à  redire sur le jeu des comédiens, en particulier celui d’Éric Caravaca dont le côté ténébreux et gentiment romantique s’accorde plutôt bien au rôle, si le film bénéficie d’une belle photo aussi bien dans les scènes intérieures de l’appartement très cossu qu’au bord de la mer le long des falaises escarpées et des chemins de douaniers, le scénario par contre pêche par son manque d’approfondissement et la mise en oeuvre de situations connotées et caricaturales. Ainsi, le film semble t-il hésiter entre la trajectoire individuelle d’un homme pétri de certitudes et la chronique familiale avec son lot de névroses et de ressentiments. l’oscillation permanente entre les deux registres conduit à  leur traitement superficiel. Enfant intelligent, élevé à  la dure par son père (Jean-Luc Bideau toujours très bien), Antoine continue à  souffrir du manque d’égards de ce dernier, par ailleurs plus tolérant et laxiste avec son autre fils (Benjamin Biolay terriblement convenu). Pour achever la peinture de l’édifiant tableau familial, il faut rajouter la soeur incapable de se caser et la reproduction sociale du modèle de la relation père-fils. Plus encore, la nouvelle et secrète occupation d’Antoine, se rendant deux fois par semaine à  une catéchèse dirigée par un prêtre sentencieux (Philippe Duquesne, dont il est difficile d’oublier l’appartenance talentueuse à  la compagnie des Deschiens) apparaît davantage comme un dérivatif existentiel, une lubie de bobo privilégié que comme un véritable rendez-vous avec la grâce. Car, outre des rapports plus apaisés avec son fils et une réconciliation avec son épouse, on voit mal en quoi l’existence d’Antoine est bouleversée par cette révélation.

Tout ceci respire la convention et une certaine futilité en évitant soigneusement de creuser la thématique exposée de peur de se coltiner aux vrais ravages des déchirures familiales qui se résument ici à  une gifle et un verre de vin jeté à  la face du frère ingrat. Au final, les interrogations d’Antoine qu’on peut respecter, sinon légitimer, ne nous atteignent pas, nous laissant de marbre tant à  son endroit qu’à  celui des questions plus universelles et philosophiques qu’elles prétendraient soulever.

Patrick Braganti

Qui a envie d’être aimé ?
Comédie française d’Anne Giafféri
Durée : 1h29
Sortie : 9 Février 2011
Avec Eric Caravaca, Arly Jover, Benjamin Biolay, Jean-Luc Bideau,…

La bande-annonce :

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