Le Discours d’un roi

Il n’est pas tout à  fait étonnant que Le Discours d’un roi, seul film à  vocation universelle de la sélection des Oscars, ait remporté celui du meilleur film. C’est une oeuvre scolaire, superbement faite, tenue d’un bout à  l’autre entre l’éclat et l’ennui. Tom Hooper, ancien réalisateur pour la télévision anglaise, adapte ici l’histoire incroyable et tout à  fait vraie du roi George VI et de son arrivée involontaire au pouvoir. La seconde guerre mondiale s’annonce et, véritable pivot scénaristique, George VI est par logique la seule personne de la royauté à  être en pouvoir de déclarer l’entrée en guerre à  son peuple britannique.

George VI est bègue, ne peut s’adresser en public, d’autant que l’avènement de la radio va le contraindre à  être la première victime des aléas du direct. Tout le film repose sur ce point noir, véritable aboutissement du film, ou comment des mots et de la parole entière d’un homme peut dépendre l’avenir d’un pays. En face, Hitler harponne les foules de ses talents d’orateur fou et avance à  grands pas dans une fureur dont on connaît les tragiques conséquences. Tom Hooper et son scénariste David Seidler prennent plaisir à  retarder le discours évènementiel de ce roi pris au piège pour s’attarder plus précisément sur le parcours qui le voit être confronté à  sa propre existence et à  ses problèmes d’élocution. Les talents de metteur en scène de Tom Hooper portent leurs fruits et retraduisent le souffle régulier qui s’installe entre l’intimisme et l’universel. La caméra reste concentrée comme un capteur collé à  Colin Firth, scrutant près des visages et des mouvements comme un appareil mécanique, un scalpel de la mise en scène. Le travail d’éclairage et d’espace rappelle d’ailleurs à  plusieurs moments de véritables tableaux de la vie britannique d’époque. L’approche très imprégnée, tout à  fait réussie pour un si modeste budget, donne au film la possibilité d’être bien plus qu’une fresque académique.

Malheureusement c’est du côté du scénario que le bât blesse. Il est scindé en trois parties trop distinctes ; la première est savoureuse, ancrée dans les moeurs british et un enseignement de la langue qui offre au film ses séquences les plus drôles et passionnantes. C’est d’ailleurs là  qu’on se rend compte de l’ampleur inhabituelle de la réalisation de Tom Hooper, millimétrée mais bien moins prévisible que les formes imposées du genre. La seconde partie, faussement sombre, traduit une période de deuil et le début d’une échéance orale. Les chutes de rythme se font sentir et dès que la tension naît, elle semble écraser la troisième et dernière partie du scénario, mélodramatiquement bien plus forte. Le problème provient d’une dramaturgie à  répétition et d’un enchaînement de moments phares qui donnent lieu à  des séquences clonées. Du coup Tom Hooper rate sa fin, pourtant forte sur le papier, ne donnant vie à  l’homme qui porte le film qu’en soulignant son courage par une once de Beethoven en guise de musique additionnelle. La musique, à  plusieurs moments, dessert le film plus qu’elle ne le porte tant elle prend l’apparence d’un masque facile et lacrymal, revitalisant tant bien que mal les paresses et carences du script. La beauté stupéfiante des cadres et l’inventivité esthétique de certaines scènes offrent au film une singularité qu’il perd dès que le scénario se confronte à  la grande histoire. Le style y perd en rythme et en ampleur émotionnelle, en lyrisme et en fluidité. La très belle interprétation de Colin Firth aide évidemment le film à  atteindre certains sommets, mais tout sonne trop copieux dans ce film, des moulures jusqu’au velours d’époque. Seul Geoffrey Rush sort indéniablement du lot, imposant son excentricité à  un rôle tout en relief et en charisme humoristique.

Le Discours d’un roi mérite son Oscar du meilleur film sans pour autant en être l’idéal récipiendaire, tout comme Colin Firth est récompensé pour une composition brillante mais trop à  l’image du film, c’est-à -dire embourbée (ce qui n’est aucunement la faute du comédien, tout simplement dans son rôle et dans une vérité historique). On aurait aussi aimé voir comment évolue le roi face aux convictions profondes de sa femme, à  peine esquissée sous les traits de la belle Helena Bonham-Carter. Son personnage est malheureusement fade, vide alors qu’il aurait pu être un véritable outil pour porter un peu plus loin l’écriture souvent basique de ce film, qui récolte de plus un Oscar du meilleur scénario, véritable mystère. Certes, Tom Hooper fait preuve d’une forme d’efficacité, quoique parfois incertaine, et son film est beau et noble, mais par trop de fois nous pourrions l’encadrer sur un mur. Sa pellicule se raidit peu à  peu, gâchée par l’abondance du texte et la perte progressive du mouvement. Et dès que George VI parvient enfin à  parler à  son peuple, l’importance soulignée de ses mots nous rappelle ce que, fût un temps, Spinoza enseigna : L’homme a appris à  parler, désormais il faut qu’il apprenne à  se taire. Bergman et quelques-uns ont su transposer et résoudre cette problématique face à  l’arrivée du cinéma parlant, et nul doute que sous leurs directions Le Discours d’un roi eût été plus savoureusement imparfait en sa façade, et plus audacieux et envoûtant en ses profondeurs.

Jean-Baptiste Doulcet

Le Discours d’un roi
Drame historique britannique de Tom Hooper
Durée : 1h58
Sortie : 2 Février 2011
Avec Colin Firth, Helena Bonham Carter, Derek Jacobi,…

La bande-annonce :

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One thought on “Le Discours d’un roi

  1. Dans le discours d’un roi:
    La Duchesse de Windsor dans le film porte un collier  » Zip » pret de Van Cleef et Arpels pour faire sa pub, c’est « hénaurme » le collier n’a été fabriqué qu’en 1951 et celui du film en 2010.Si tous les renseignements historiques dans le film sont semblables, il faut lui attribuer l’oscar du meilleur décor!!!!!!

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