Paul

Dans SuperGrave (2007), Greg Mottola mettait en scène un duo d’amis, Evan et Seth, inséparables mais pas très futés, dont l’entrée dans des universités différentes marquait à  la fois la séparation et l’entrée dans l’âge adulte. Quatre ans plus tard, l’acteur, scénariste et réalisateur, au crane lisse et aux sérieuses lunettes, articule son nouveau film, Paul, sur la même figure d’un duo de compères mal dégrossis, à  l’humour souvent régressif, deux ados attardés. Ce coup-ci, les deux hurluberlus, originaires d’Angleterre, Clive Gollings, un obèse qui se pique d’écrire des bouquins de science-fiction, et son pote Graeme Willy entreprennent à  bord de leur camping-car une sorte de voyage mémoriel des lieux marqués par des phénomènes surnaturels. Et en matière de surnaturel, les lascars ne vont pas être déçus puisque leur route va croiser celle de Paul, un extraterrestre sur terre depuis une soixantaine d’années s’apprêtant à  quitter notre vieille planète.

Paul, c’est donc la rencontre – du troisième type, et sans doute bien au-delà  dans les degrés de l’humour et de la distanciation qu’un spectateur débonnaire et bon public voudra bien céder au film – entre E.T. le héros de Steven Spielberg en 1982 et l’univers potache et régressif que les comédies déjantées de Judd Apatow ont érigé comme nouvelle forme d’expression cinématographique, débridée et complexée, reconnue et encensée par une nouvelle génération de cinéphiles nourris au biberon de la référence télévisuelle et américaine. Les fans de 40 ans, toujours puceau et En cloque, mode d’emploi retrouveront sans difficultés leurs marques par le biais de ces deux héros balourds, maladroits et sympathiques, à  l’humour empreint de dérision. Ici il n’est jamais question de se prendre au sérieux et cette dose de deuxième degré, qui multiplie les situations cocasses et en définitive hilarantes, sauve le film d’une vulgarité et d’une facilité qui le guettent à  chaque instant. l’entrée en scène de Paul, donc version lointaine d’un E.T. autrement plus trash et adulte dans son comportement, exhibant sans vergogne son assimilation des moeurs locales dans ce qu’elles ont de plus trivial avec cet art consommé du mauvais goût revendiqué, insuffle dès lors au film un rythme plus soutenu, reposant sur la notion d’empilage et de superposition. Si les geeks et autres nerds vont ici être comme des poissons dans l’eau, trop heureux après l’exceptionnel The Social Network d’être une nouvelle fois sous les feux de la rampe, ce sont aussi, et de manière inattendue et curieuse, les cinéphiles snobs et pince-sans-rire qui risquent fort d’y dénicher leur plaisir raffiné à  la recherche frénétique des références, plus ou moins subtiles, donc plus ou moins dissimulées, dont le film est émaillé. Si l’oeuvre du réalisateur de Duel semble en effet constituer la référence absolue – le personnage de Paul, les poursuites sur les routes désertes et l’endroit de son départ en signent une attestation qui crèvera les yeux des moins connaisseurs – les ombres tutélaires de Star Trek ou de Batman (dans la scène initiale) planent tout au long d’un film qui recycle avec jubilation les patronymes et les codes à  présent entrés dans une certaine culture populaire de la production internationale de science-fiction, et plus précisément d’aventures rocambolesques où les OVNI se taillent la part du lion.

Paul est avant tout un divertissement, une sorte de pochade qui refuse de se prendre au sérieux et on constate avec le même clin d’oeil amusé l’ambigüité de la relation qui existe entre les duettistes, modernisant quelque part les mythiques Laurel et Hardy, comme elle affleurait dans la paire guère mieux lotie que Michel Gondry mettait récemment en scène dans The Green Hornet. Enfin, le film manifeste de loin en loin sa volonté décalée, à  peine suggérée, juste caressée, d’une certaine dénonciation de la civilisation américaine, à  laquelle d’ailleurs le trio – deux anglais et un alien – n’appartient pas même s’il en a d’évidence absorbé et digéré tous les éléments.

Patrick Braganti

Paul
Comédie de science-fiction américaine, britannique de Greg Mottola
Durée : 1h42
Sortie : 2 Mars 2011
Avec Simon Pegg, Nick Frost, Jason Bateman,…

La bande-annonce :

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