Thomas Fersen – Je suis au paradis

Retour ce lundi d’un des piliers de ce qui fut un jour la Nouvelle Chanson Française. Pilier au sens  » sustentatoire  » du terme. Comme un Atlas qui supporterait depuis bientôt vingt ans un des versants de ce renouveau de la pop en Français.

Thomas Fersen abandonne ici son ukulélé pour cet album (re)nouveau. l’accompagnement rappelle même le romantisme de la musique de chambre avec pianos, violons et tout le décorum de ce qu’au milieu du XIXe siècle on se plaisait à  voir torturé mais charmant. Romantisme donc est le mot qui vient immédiatement en tête à  l’écoute de cet album où Fersen joue volontiers les dandys éméchés.

Fersen plonge au coeur des mythes. Barbe Bleue y côtoie Dracula, un vieillard plutôt vert, un Jack l’éventreur potentiel et un Loup Garou célibataire. Fersen semble abandonner le temps d’un instant le profondément humain pour l’onirique et l’imaginaire collectif de la terreur. En fait non, c’est pour mieux y revenir que Thomas Fersen joue de la pseudo distance avec le vrai être humain.

Ici, Barbe Bleue est saoulé par une nouvelle prétendante qui demande à  voir ce qu’il cache dans son placard, ici les Jack l’éventreur sont des menuisiers distraits, ici les loups garous sont des mecs qui retrouvent leur célibat.

Thomas Fersen est plus que jamais le roi de la narration. Ses histoires sont autant de petites fables prises sur le vif, dans le feu de l’action, apanage habituel de la Bande Desssinée. Thomas Fersen fait de la bande dessinée sonore (oui je sais cette conclusion semble facile, alors que la pochette et le dossier de presse accompagnant l’album sont réalisés par Christophe Blain. N.’empêche). Il chope le trivial, le quotidien et s’amuse à  le transcender. Il repère les fêlures d’être humains cabossés pour mieux piquer une banderille dans le monde réel. Il attrape les personnages quelque part au milieu de l’histoire, au moment du climax narratif. Ils n’ont pas de passé, pas de réel futur.

Seul importe l’instant. En interview (à  écouter bientôt) je l’ai comparé à  Zola et ça l’a fait marrer. Pourtant, il y a de ça dans l’analyse naturaliste quoique poétique que Thomas Fersen applique à  ses chansons. Un regard apparemment neutre sur l’homme, documenté, analytique. Mais l’analyste a un regard noir, et c’est ce qui transparait encore dans je suis au paradis.

C.’est simple, efficace, ça touche par la proximité des personnages avec nos propres égos et comme une bonne pop song ça reste bien en tête  » je jouis, je jouis » » pour ne plus nous lâcher de la journée.

Thomas Fersen touche avec excellence à  ce qu’il sait faire de mieux. Et s’il ne renouvelle aucunement les arguments de son succès de ces 20 dernières années, ses petites chansons et sa voie éraillée de titi du 20e arrondissement devraient encore faire mouche pour un public conquis d’avance. Des fans qui comme votre serviteur constateront avec plaisir que quand il tâte de l’arrangement classique, c’est au profit de l’histoire, au profit de l’atmosphère et du décor de ses petites chansons universelles à  force d’être particulières.

Denis Verloes

Tracklist
01. Dracula 3:56
02. La barbe bleue 3:46
03. Félix 2:34
04. Sandra 3:37
05. J’suis mort 2:53
06. Le balafré 3:05
07. Parfois au clair de lune 2:54
08. Mathieu 3:16
09. L’enfant sorcière 4:57
10. Une autre femme 4:05
11. Brouillard 3:38
12. Les loups-garous 3:18

Date de sortie: 7 mars 2011
Label: Tôt ou Tard / Wagram

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La critique du Pavillon des fous

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