Deportivo – Ivres et débutants

Oui j’aime/ais Deportivo. Et ça dure/ait depuis déjà  deux albums avant cette nouvelle livraison. Alors quand le groupe décide, de changer la donne moi ça m’effraie d’office un peu.

Quoikwakwa ? Tu ne connais pas encore Deportivo ? Ok tentative de résumé en une ligne. Deportivo est sans doute le seul groupe rock français actuel, chantant dans sa langue des angoisses et vécus post adolescents, qui ne soit aucunement comparable, rapprochable, ou même ne semble inspiré de Noir Désir.

Déjà  en soi c’est une bonne nouvelle pour le rock à  la française. Deportivo plonge/ait son inspiration et son essence dans le rock du début des années 90, avec Kurt Cobain dans le rétroviseur. Et ne serait la voix un peu maniérée de son chanteur (nasillarde et pleine d’une morgue à  la française) qu’on serait facilement bluffé d’apprendre que la bande est originaire des Yvelines.

En abordant ce nouvel album je m’attendais au retour de la même formule, créneau dans lequel le groupe règne/ait un peu sans partage en France. Et là « Surprise »non ». Deportivo re mélange les cartes. Tu te rappelles quand Manic Street Preachers est passé d’un groupe hargneux à  un des hérauts de la britpop ? Ben pareil. Bon ok la référence est un peu pesante. Mais sérieux ça m’y a fait penser directement. Un aplanissement des rugosités, camouflé par de bonnes mélodies.

La production sent le studio à  plein nez. Le magma de guitares qu’on se mangeait en frontal sous l’organe du chanteur, recule dans le mix (ah la reprise de Miossec à  l’époque »). On ajoute un petit son par çi, une boucle de guitare par là , un clavier d’appui ici ou on passe la guitare à  l’effet mais on la relance aux avants postes »Le nouveau Deportivo perd indéniablement en immédiateté, ce qu’il gagne en richesse de chaque titre.

Personnellement, je préférais la sobriété des albums précédents qui me branchait immédiatement sur l’ampli du groupe et faisait renaître en moi des envies de headbanging.

Clairement Deportivo passe d’une influence grunge à  une influence britpop. Tout est aussi moins âpre, moins rauque, plus lisse. On passe de Smells like teen spirit à  Song2 de Blur, en gros, en résumé, en caricatural. La production est clairement un des nouveaux membres du groupe, elle qui nettoie les taches de vomi sur les chemises et l’odeur de cuir dans lequel on aurait sué, elle qui pose le groupe sur des talonnettes pour le préparer au marché international (marketing musical je te hais).

Je sens poindre un tout petit début de syndrôme chewing gum (Superbus, Muse ?) dans ce nouvel album. Si même qu’il y a des cordes électroniques, et des cuivre de fanfare »Alors j’ai peur un peu, pour l’avenir d’un des groupes que j’aimais parce qu’il évoquait ma jeunesse perdue et lointaine.

Reste une chose qu’un élément n’a pas changé, et heureusement pour moi : l’écriture. J.’aime toujours l’écriture de Deportivo. Parce que quand tu traduis une chanson anglaise avec ton prof au lycée ou à  l’athénée, tu obtiens des paroles qui ressemblent à  du Deportivo. Un peu niais, un peu d’amour, un petit moment de biographie et une compréhension immédiate via des mots du quotidiens. Des paroles qui ne font que raconter, sans recherche du mot qui claque ou de la rime riche. Une écriture pop parfaite en somme.

Alors je relis cette critique. Et je me trouve dur. Parce que l’album revient quand même régulièrement sur ma platine et bonifie à  chaque écoute. Parce qu’en l’écoutant j’ai tout de même un petit retour d’agitation corporelle. Oui le son est plus lisse, oui les mélodies se cachent sous trop des artifices qui n’apportent pas grand-chose à  part de l’ambition commerciale; oui il y a comme un côté gamins dans la chocolaterie Wonka de la production a qui on aurait dit  » vous goûtez ce que vous voulez  » et oui il y a surtout que le rock primaire se mue énormément en pop. Oui tout ça.

Mais à  l’addition, quand je parviens à  faire fi de la discographie précédente, je dois reconnaître que dans ce nouveau créneau, Deportivo tire son épingle du jeu à  force de mélodies efficaces et d’une écriture juste. Ce n’est sans doute pas l’album que je préfère chez Deportivo, mais un chouette album de pop en français. Ca a l’air dénigrant comme ça, mais cherchez, il n’y en a pas tant.

Denis Verloes

Tracklist
01. Fais-Moi Comprendre
02. Ivres Et Débutants
03. Intrépide
04. Au Milieu
05. Nos Baisers
06. Au Saut Du Lit
07. Pistolet A Eau
08. Rejoue Quand Même
09. Le Bruit Que La Vie Fait
10. N’Ai-Je ?
11. On A Vraiment Cherché
12. C’Etait Cool

Label: Barclay / Universal
Date de sortie: 7 mars 2011

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La critique de deportivo

Le teaser de Ivres et débutants

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