Si tu meurs, je te tue

l’exil, la mort, le deuil et la condition féminine dans les pays musulmans, : autant de thématiques lourdes prises séparément, alors quand elles sont réunies au coeur d’un même film,, on peut craindre à  la fois le pathos, le cliché et le manque de légèreté. Des obstacles que le réalisateur d’origine irakienne, aujourd’hui installé et travaillant en France, Hiner Saleem franchit allègrement avec Si tu meurs, je te tue, un petit bijou d’humanité, de tendresse, d’humour, d’absurde et de liberté.

A partir d’une amitié entre deux hommes en marge de la société – l’un, Philippe, est français et sort juste de prison, ; l’autre, Avdal, est un kurde à  la recherche d’un criminel irakien – le cinéaste tisse une histoire pleine d’énergie, dont la principale singularité provient du passage incessant entre comédie et drame, apesanteur et gravité. A peine l’émotion nous envahit-elle qu’elle fait la place dans la foulée au rire le plus franc. Il faut dire que le réalisateur de Vodka Lemon s’emploie à  créer une galerie de personnages hauts en couleurs et attachants, tout en insufflant une bonne dose de burlesque et de nonsense aux moments les plus douloureux du film. La morgue et le crématorium n’en deviennent pas des lieux glauques ou, plus exactement, un détail (comme une porte qui se referme violemment ou un employé peu coopératif et pressé de se débarrasser des formalités d’usage) vient déranger l’équilibre précaire et convenu. Dans Si tu meurs, je te tue (une exhortation entendue à  deux reprises), la communauté kurde, implantée dans les quartiers de la gare du Nord, a un rôle de tout premier plan. Principalement représentée par un groupe d’hommes (sept frères et cousins aux attitudes très synchronisées), elle vient se confronter à  l’existence d’un autochtone, nullement au fait de ses coutumes et traditions. De cette promiscuité naissent des quiproquos et des scènes drolatiques en dépit, encore une fois, du contexte dramatique dans lequel elles prennent place.

La capitale est filmée avec ravissement, sans doute parce que les exilés, dont Hiner Saleem se veut le porte-parole, la voient comme  » une ville belle et calme, sans bruit, où les gens sourient et paraissent heureux « . Et c’est vrai que les plans en coupe des petites rues perpendiculaires aux grands boulevards, y compris plus improbables comme celui d’un pont enjambant un périphérique embouteillé, donnent une image presque neuve et agréablement séduisante, peut-être un peu trop ripolinée par endroits, de Paris. Héroîne solaire et radieuse, au milieu d’hommes machos pour qui elle représente une proie ou un enjeu, à  part le doux et lunaire Philippe (Jonathan Zaccaî à  qui ce genre de composition réussit à  merveille), la ravissante Siba (Golshifteh Farahani) s’émancipe en prenant possession de sa liberté toute nouvelle, que le réalisateur lui offre comme un splendide cadeau.

Plein de surprises, habillé d’une impeccable bande-son, Si tu meurs, je te tue donne l’impression de s’inventer au fur et à  mesure, refusant les chemins balisés pour mieux nous désorienter et faire un jubilatoire pied de nez aux intégristes de tout poil, avec le souci de mettre à  mal les tabous et de contribuer à  la voie réformiste qui s’ouvre timidement, par l’action des femmes avant tout. Enfin, le film ne verse jamais dans la démonstration, opte pour une gentille loufoquerie, auréolée de poésie et de charme.

Patrick Braganti

Si tu meurs, je te tue
Comédie française de Hiner Saleem
Durée : 1h30
Sortie : 23 Mars 2011
Avec Jonathan Zaccaî, GolshiftehFarahani, Mylène Demongoet, Maurice Benichou,…

La bande-annonce :

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