Chroniques express 76

denims.jpgSelf-evident, Lidwine, The forks, Extra Life, Mergrim, Elsa Kopf, Old Calf, Rum Tum Tiddles, The Great Nostalgic, Shout Out Louds, Antoine Leon Paul, Black Devil Disco Club, The Finkielkrauts, Cosmos70, We Are Enfant Terrible, Wols

Self-evident – Endings
A la croisée du math rock, du post-hardcore et d’un rock indé plus mélodique, voici Self-Evident, un groupe originaire de Minneapolis. Dans une formule ramassée (le trio) et un format souvent court, les Américains arrivent à  mettre beaucoup d’ingrédients en seulement 2-3′. A croire que le carcan de la durée et autre contrainte, donneraient des ailes et une liberté de ton au trio. Virtuosité rythmique, passages énervés, accalmies réparatrices, accords bizarres, mélodies anguleuses et arpèges lumineux, Self-Evident, c’est un concentré d’énergies et d’émotions différentes fondues au sein d’un rock au final plus félin que balourd. Le groupe pratique l’art du volte-face, du pied de nez et comme un adroit matou retombe toujours sur ses pattes. A l’image de Conrad Mach chanteur à  la fois emporté et posé, violent et séducteur, »Endings » cinquième album du trio, marche sur un fil ténu sur les traces de Fugazi mais sans lui emboîter totalement le pas. Brillant. (4.0) Denis Zorgniotti
Doubleplusgood records / Février 2011

Lidwine – LW EP
Lidwine ne va manquer de poser des problèmes au rock critique et même à  l’auditeur lambda. La faute non pas à  une qualité musicale défaillante (harpe cristalline et écrin acoustique sur programmations pointillistes, la musique est littéralement séduisante) mais à  une filiation plus que proche d’avec l’elfe Bjork. En plus de partager le même univers musical, les deux jeunes femmes, pourtant éloignées de plusieurs milliers de kilomètres, ont quasiment la même voix et le même phrasé. Ave ces deux là , le blindtest virerait vite au casse-tête. Emilie Simon a, elle, réussi à  se différencier de son aîné Islandaise précisément sur ce point. Pas Lidwine. D’où le problème : doit-on profiter de cette jolie musique en faisant abstraction de toute référence extérieure ? Ou doit-on commencer à  parler de plagiat ? Peut-il y en avoir deux ? Attendons la prochaine livraison pour statuer si Lidwine a une personnalité propre. En attendant une solution : botter en touche ! (2.5) Denis Zorgniotti
Ocean Music / Octobre 2010

The Forks – s/t
Il y a une idée de danger et d’art éphémère dans cet album de The Forks. Un duo guitare/batterie qui a enregistré son album en une seule prise, sans retouches, avec les imperfections assumées et même revendiquées que cela implique. Projet radical (les dix instrumentaux n’ont même pas de nom) s’inscrivant dans ce que l’on pourrait appeler du post-noise, The Forks fait peur avec son début d’album particulièrement agressif : pourrons-nous aller jusqu’au bout sans craindre l’overdose de décibels ? Eh bien oui car ce disque influencé par Shellac et Slint et mastérisé à  Chicago par Bob Weston, n’est pas fait d’un seul tonneau : la violence n’est pas toujours frontalement exprimée et même des passages plus en demi-teintes révèlent un groupe pas toujours teigneux. Le duo maîtrise surtout son sujet et offre à  ses deux instruments une palette de jeu distillant différentes humeurs. Dans ses moments là , The Forks n’est pas si éloigné d’Explosions in the Sky, à  fortiori sur les titres les plus longs. Derrière la rage, la finesse. Finalement, au moment de l’enregistrement de son album, The Forks a été dans un bon jour. (4.0) Denis Zorgniotti
Maximum Douglas Records / Mars 2011

Extra Life- Ripped heart (EP)
Extra Life a souvent pêché par le trop plein. Avec ce nouvel EP, les New Yorkais déchargent un peu la mule et abandonnent leur hardcore médiéval progressif pour une des relectures de la cold wave des années 80 les plus passionnantes du moment. Le groupe emmené par un Charlie Looker, sorte de Morrissey dégingandé, ne banalise pas son propos mais se recentre un peu et propose avec »Strong brother, weak brother » un grand titre mélangeant une mélodie très indie rock (on pense à  Pinback) éclairé par un joli halo new wave. Sur le long morceau-titre, les Américains repartent sur un titre éclaté dans sa structure, contemporain dans son esprit mais à  l’étrange beauté d’un théâtre d’ombre et lumière. Le EP se termine dans la simplicité et l’épure d’un beau morceau folk à  l’âme de troubadour gothique, un titre épuré…impensable jadis. Bonne nouvelle, Extra Life revient en grande forme, mauvaise nouvelle, la précieuse galette ne sort qu’en vinyle : de quoi ressortir du grenier, votre vieux tourne-disque ! (4.0) Denis Zorgniotti
Last things records / Loaf recordings / Avril 2011

Mergrim – Invisible Landscape
Le Japon fait l’actualité rubrique catastrophes naturelles et apocalypse possible. Sans transition, parlons de Takahisa Mitsumori alias Mergrim dont la musique onirique est un remède aux mauvaises ondes. Le Japonais maîtrise parfaitement la machine et ré-invente même les sons de la nature dans une electronica mélodique typiquement nippone. Des instruments acoustiques (des cordes en lévitation, une guitare acoustique cristalline, un piano minéral) s’agglomèrent aux textures, programmations, samples et autres claviers pour un résultat hybride du plus bel effet. Les rythmiques, même déstructurées par les programmations, sont parfois jazz (« beautiful corruption » ; »ideal that fade out ») et le Japonais s’essaye aussi à  une Intelligent Dance Music, belle et poétique. Les paysages aquatiques dessinés par Mergrim ne font pas l’économie d’un délicieux thème pop (Step of the Flakes) ni de voix diaphanes sorte de sirènes de l’ère numérique. Dans le genre, c’est particulièrement réussi : »Invisible Landscape » vous propose un joli voyage à  rêver les yeux ouverts. (4.5) Denis Zorgniotti
Liquid Notes records / Mars 2011

Elsa Kopf – Acoustic Joys
La plus grande qualité de »Acoustic Joys » c’est sa simplicité de ton : une qualité qui, associé à  un talent mélodique et une bonne interprétation, prend tout son sens. Avec cet album, Elsa Kopf ne cherche pas à  trouver son style mais juste à  faire de bonnes chansons dans une tradition folk-blues entre Suzanne Vega et Joni Mitchell. Parfois swing, parfois bossa (« larmes de caramel »), la jeune femme nuance sans cesse sa musique et accouche même d’un prenant »The Ship » entre pop et soul. La langue anglaise lui va bien, à  telle enseigne que l’on est moins charmé lorsque la Strasbourgeoise s’essaye au Français, sans doute pour séduire les radios (seulement deux titres sur douze). Comme son nom l’indique, l’album est un tout acoustique (avec l’appui notamment d’un violoncelle) qui empêche toute triche et fait ressortir la jolie voix de la jolie jeune femme. On ne s’attendait à  rien, on craignait même le pire avec un CV très variété et une maman parolière entre autres pour Cookie Dingler mais Elsa Kopf s’affirme avec »Acoustic Joys » comme une vraie femme libérée de ce mauvais karma. Agréable. (3.0) Denis Zorgniotti
MVS Records / Anticraft / Mars 2011

Old Calf – Borrow a horse
Dans la famille Oldham, après Will voici Ned, son frère. Ce dernier a joué avec Palace et Bonnie Prince Billie avant de se lancer dans son propre projet musical avec quelques amis musiciens. Le groupe s’appelle donc Old Calf et sort avec »Borrow a horse » un disque de folk des Appalaches et de bluegrass. Parfois, ces américains de Virginie vont piocher dans le folk britannique la source de leur musique (« Henri was a Worthy king » ; »follow my bangolorey man »). Rien ne manque à  l’appel (accordéon, harmonica, bouzouki…) restituant la patine d’une musique américaine traditionnelle et traditionnellement façonné. Trop rarement le groupe dépasse le sentiment de n’être qu’un passeur de plus de cet héritage musical. Plus indie pop, »Do not play with gypsies » nous sort heureusement de cette douce torpeur. Et encore mieux; le dernier morceau de l’album, »What did I dream » élève encore plus le niveau et le débat vers une musique plus onirique. Trop tard, Old Calf apparaît quand même un peu trop sage. (3.0) Denis Zorgniotti
No Quarter / Differ-ant / Avril 2011

Rum Tum Tiddles – We could be pirates
Quand on est un groupe de français et qu’on aime la folk, c’est toujours bien, pour être dans le ton juste, d’avoir une chanteuse anglaise. Chez Rum Tum Tiddles, elle s’appelle Madeleine et elle a un timbre mutin à  rendre léger et excentrique un oratorio de Haendel. Empruntant son nom à  un vieux titre d’Al Jolson, le trio évoque l’antifolk de Kimia Dawson plus que tout autre chose, pour ce même regard décalé, légèrement fantaisiste et coloré sur une musique presque séculaire. Outre Madeleine, le ukulélé, le banjo et la mandoline ne sont pas étrangers au charme émanant de ce petit disque sans prétention (« Lonely hunter »). Fait de petites comptines et de quelques moments mélancoliques (« Going away song »), »We could be pirates » a tout pour devenir un réservoir pour publicitaires voulant donner une touche authentique et sympathique à  leur produit. Après Cocoon et Moldy Peaches, Rum Tum Tiddles ? Peut-être, si tant est que nos Nantais aient le réseau pour. (3.0) Denis Zorgniotti
Waterhouse records / Avril 2011

The Great Nostalgic – Hope we live like we promised
Voilà  un groupe qui annonce la couleur : The Great Nostalgic sont de grands nostalgiques. Les voilà  qui débarquent avec un album en vinyle et une pochette où ils rêvent de peindre une fresque seventies sur la façade d’une vieille maison. Mais c’est surtout dans la musique que le regard dans le rétro se fait le plus sentir : »Hope we live like we promised » évoque successivement David Bowie, Elvis Costello ou si l’on veut être plus actuel, Hawksley Workman et Merz. Dans le genre, Abram Shook est un interprète plus que crédible pour une musique riche, maniérée et parfois un peu cabotine. The Great Nostalgic propose un bel équilibre entre des mélodies au piano, des guitares cajoleuses et des claviers faisant monter la sauce. L’album aurait mérité quand même d’être plus resserré et d’abandonner quelques uns de ces 14 titres en route. Le disque propose son lot de grands titres aux structures évolutives : »Spirit World » »Portugese Lessons » »Ink Spots » le catchy »Islands » ou la beauté lyrique de »1993″. Comme il faut vivre avec son temps, le disque est aussi téléchargeable en digital. Ouf, on croyait les Texans irrémédiablement perdus pour la modernité. (3.5) Denis Zorgniotti
King Electric records / Avril 2011

Shout Out Louds – Work
C’est parfois bien de chroniquer un disque six mois après sa sortie : le buzz disparu, le disque a-t-il dépassé sa date de péremption ? Dans le cas de Shout out Louds, aucun risque, dans 10 ans on écoutera »Work » avec un plaisir égal. Produit par Phil Ek (Fleet Foxes), le troisième album des Suédois est une petite perle de d’indie pop new wavisé. Ce disque est l’équivalent en 2010 d’un »The Head on the Door » de Cure, populaire et inventif, ou d’un »Building and Grounds » de Papa Fritas pour ce même charme irrésistible entre les voix mixtes de Adam Olenius et Bebba Stenberg. Alors au vu de la qualité de Shout Out Louds, pourquoi une chronique express ? Eh bien justement c’est parce qu’il n’y a rien à  dire : c’est (presque) parfait ! A vous donner envie de crier fort : SHOUT OUT LOUDS !!! (4.5) Denis Zorgniotti
Starlight Walker / Modulor / Septembre 2010

Antoine Leon Paul – Antoine Leon Paul
Ce qui frappe c’est d’abord l’incroyable légèreté des mélodies qui ressortent de cet album. Le genre de mélodies qui entrent avec une facilité déconcertante dans votre tête sans que vous puissiez les en déloger. Et puis il a les textes d’Antoine Leon Paul. Des textes nonchalants, drôles, insouciants, mélancoliques et attachants. Bref, une véritable petite prouesse, pas si fréquence que ça dans la chanson française actuelle, que l’on a pu apprécier récemment avec le second album d’Alister. Et d’ailleurs, on retrouve aussi chez lui, cette même décontraction, ce même sens de la rime, cette même facilité dans l’écriture, ce côté chanson pop facile qui l’on apprécie aussi chez Matthieu Boogaerts, Albin de La Simone ou sur les premiers albums de Souchon. Sans prétention et sans faux-semblant, Antoine Leon Paul joue ses chansons avec une aisance incroyable, dans un premier album aussi abouti que facile à  écouter, et en plus jamais dénué d’humour. (4.0) Benoît Richard
Because music – avril 2011

Black Devil Disco Club – Circus
En voilà  un qui revient de loin : Bertrand Fèvre , l’homme à  la tête du projet Black Devil Disco club, aura connu son heure de gloire en 1978 grâce à  un titre disco (« Disco Club ») qui fit pendant des années le bonheur des fouineurs de bacs à  soldes en manque de vinyles cultes, jusqu’à  ce que Black Devil Disco Club renaisse de ses cendres et donne un premier album en 2006, le bien nommé »28 after ». Pour ce second album, le français s’est entouré d’un tas de gens assez prestigieux venus de la pop dont Jon Spencer, Faris Badwan (The Horrors), Nicolas Ker (Poni Hoax), Claire Evans (Yatch), ou encore Nancy Sinatra et Afrika Bambaataa. Avec un tel featuring, on pouvait s’attendre à  un album un peu fourre-tout et peut-être inégal. Il n’en sera rien, heureusement, Bertrand Fèvre tenant fièrement la barre de son navire avec 10 titres pour un album cohérent, entre pop, new wave et disco, que l’on jurerait avoir été composé dans les années 80 avec du pur matériel d’époque. Un retour en forme de réussite, donc, pour Black Devil Disco Club qui devrait s’imposer sans mal sur les dance-floor branchées de la planète tout l’été. (3.5) Benoît Richard
Lo recordings/Module – avril 2011

The Finkielkrauts – Smog
Il y a un peu plus d’un an, on découvrait un drôle de groupe avec un drôle de nom : The Finkielkrauts et surtout avec un premier Ep terrible ! Ces tourangeaux signés sur le label du coin, Another records, avaient su capter notre attention avec seulement 4 titres dans lesquels les références (parfaitement digérées) à  Cure, Sonic Youth, Cure ou Poni Hoax plus le côté direct et tranchant de leur musique avaient fait la différence. Alors que l’on attendait un album, c’est finalement avec un nouvel Ep que le groupe revient, dans les mêmes dispositions et avec la même envie, celle de faire un rock toujours aussi direct et incisif, un rock sans fioriture, tout de suite familier, qui envoie et envoie encore grâce notamment à  une section bass/batterie métronomique, comme à  la belle époque de Joy Division. Avec un son bien crado, tout droit revenu du début des années 80, une reverb’ toujours la bienvenue, The Finkielkrauts nous envoie six bonnes grosses décharges électriques en pleine face, et ça fait rudement de bien. (4.0) Benoît Richard
Another records – avril 2011

Cosmos70 – A Poet with Nothing to Say
Toujours attaché à  une certaine idée de l’electro pop, le groupe Cosmos 70 revient 3 ans après un premier album, »Voices » dans lequel on pouvait trouver quelques références incontournables de electro : de Kraftwerk aux anglais de Plaid en passant par des formations plus obscures telles que Dopplereffekt ou Drexciya . Avec »A Poet with Nothing to Say » le groupe affine quelque peu sa musique, lui donnant uen asptc planant et ambient nettement plus franche que par le passé. Et si le »holy Wheel EP » paru il a y quelques semaines laissait présager un album dans la lignée des premiers Air, on se rend compte à  l’écoute de »A Poet with Nothing to Say » que les lyonnais seraient finalement plus à  rapprocher de M83. Car si le groupe aime développer ici encore des titres electro pop remplis de nappes de synthés, de breakbeats et de voix vocodées, on sent que l’envie d’aller vers des choses plus planantes se fait sentir, à  l’image de la fin de l’album où les ambiances se font plus calmes, plus apaisées, à  l’image du très beau titre de clôture de 16 minutes, le cosmique »The Wave ». (3.5) Benoît Richard
Bee records – avril 2011

We Are Enfant Terrible – Explicit Pictures
Adeptes du rock 8bit des Crystal Castles mais aussi de la pop groovy des Ting Tings, les français de We are Enfant Terrible se lancent dans le grand bain de la pop avec un album après deux EPs parus entre 2008 et aujourd’hui. Comme les Crystal Castles et pas mal de groupes actuels, les lillois saupoudrent leurs pop songs de sonorités 8bit sans que pour autant ça ne soit la marque de fabrique du groupe. Car si le groupe sonne très actuel, son énergie et sons du rythme sont ses principaux atout. Car question originalité, il faudra aller voir plus loin. Mais peu importe, car le groupe a d’autres arguments. Et s’il manque peut-être à  ce disque le single qui tue, il est à  noter que l’ensemble se révèle tout à  fait cohérent et équilibré et que l’on peut lui prédire d’ores et déjà  un joli succès à  cet album. (3.0) Benoît Richard
Last Gang/naîve – avril 2011

Wols – Unframe
Wols est un duo venu de Russie, et le moins que l’on puisse dire c’est que leur musique ne laisse pas indifférent. D.’un point de vue formel, le son de Wols oscille entre dub, hip hop dubstep et electronica. Si le mélange à  de quoi laisser sceptique au départ, très vite on se rend compte que ce groupe a le petit truc en plus qui rend tout de suite sa musique accrocheuse.Jouant des boucles, des sonorités électroniques distordues et des breakbeats, comme on n’en n’avait pas entendus depuis longtemps, Wols construit ses morceaux sur des claviers soviétiques vintages, répétant inlassablement des motifs qui distillent une ambiance moite et saisissante sur toute la bonne première moitié du disque. Si on ne va pas crier trop vite à  la révélation de l’année et faire de Wols le nouveau Massive Attack, on reconnaître tout de même à  ce groupe un vrai talent de composition et dévoile une richesse dans la production qui en fait un des groupes les plus prometteurs du moment. (4.0) Benoît Richard
Pingipung/module – mars 2011

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