D’un film à  l’autre

Et si le film-testament de Claude Lelouch, plutôt que la fresque qu’il a toujours voulu réaliser (Ces amours-là , 2010), n’était autre que ce simple documentaire naviguant au gré d’une filmographie jalonnée d’échecs et de succès, de rires et de larmes? Signé par le cinéaste lui-même, ce film-compilation retrace en toute simplicité le parcours d’un cinéaste hors-du-commun, passant de la Palme d’Or aux plus gros bides du box-office.

Que veut-il dire par là ? Veut-il faire comprendre qui il est, et dire que chacun de ses films a pour lui une valeur particulière? Non, D’un film à  l’autre ressemble plutôt à  une parenthèse accélérée, celle d’une vie toute entière consacrée au cinéma. C’est le film en forme de filmographie commentée, d’un homme qui se souvient en toute humilité. Pour ceux qui ne connaissent pas Lelouch, ce document est d’une parfaite objectivité et s’avère consistant malgré le choix d’un survol global. Pour les connaisseurs, D’un film à  l’autre ne leur apprendra rien tant Lelouch s’évertue à  monter un zapping chronologique et à  expliquer pour quelle raison chacun de ses films a été fait. Et si cela frôle parfois l’autojustification, on se rappelle de tout un pan du cinéma français qui manque cruellement de nos jours à  cette génération aux influences si rares. Le cinéma se réinvente aujourd’hui par lui-même, avec ses propres codes, mais ce miroir tendu vers le passé offre à  un public large le charme du cinéma d’antan, de la mégalomanie d’un 7ème art qui englobe tous les autres arts. Certaines réminiscences sont déchirantes, narrées d’un bout à  l’autre par la voix juste et mélancolique de son réalisateur. Quant aux dix premières minutes, elles sonnent comme l’ouverture d’une lettre d’excuses, de pardon et de fragments de mémoire. Une ouverture en forme de course automobile en plein Paris un matin d’août 1978, filmée en caméra subjective par Lelouch. Toutes les effractions commises par lui-même au volant de cette voiture de course à  une vitesse excessivement élevée font de cette ouverture haletante, continue jusqu’à  un point de répétition surprenant, la métaphore entière du film. Si le propos en devient à  tout prix métaphorique, et donc un peu lourd dans son insistance, les images parlent pour elle-même et résument la folie inconsciente d’un cinéaste au volant de sa propre vie. La vitesse à  laquelle roule le bolide, et la vitesse des immeubles de Paris qui défilent dans cette escapade imprudente, est à  l’image de la vie qui va défiler ensuite devant nos yeux, à  une rapidité que même la bobine se surprend de capter, tissant (d’un film à  l’autre) la toile amoureuse d’un passé éveillé.

Jean-Baptiste Doulcet

D’un film à  l’autre
Documentaire français de Claude Lelouch
Durée : 1h44
Sortie : 13 Avril 2011

La bande-annonce :

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