My Concubine – Une Chaise pour Ted

Comparé souvent à Serge Gainsbourg, My Concubine arrive à se détacher largement de cette pesante filiation par une écriture ciselée, une élégance mélodique et une appétence à la new wave.

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Comparé souvent à Serge Gainsbourg, My Concubine arrive à se détacher largement de cette pesante filiation par une écriture ciselée, une élégance mélodique et une appétence à la new wave. Ou comment Une Chaise pour Ted prend la tangente de belle manière.

Maître d’oeuvre du projet My Concubine, Eric Falce aime les titres chantés à deux voix. Pour ses deux premiers albums (La tangente et les Belles manières), il associait sa voix grave à celle plus douce de Pascale Kendall. Pour ce troisième opus, il s’est trouvé une nouvelle partenaire de choix en la personne de Lizzy Ling. Le principe reste le même : deux voix jouant perpétuellement à cache cache dans une joute sensuelle. On pensera évidemment au couple Gainsbourg/Bardot. D’autant plus que, outre les basses  très Serge, My Concubine adopte souvent le même genre de thématique : les addictions, les voitures et les criminels. Pas de Bonnie and Clyde à l’horizon mais plutôt le serial killer Ted Bundy,  symbole de l’ambivalence humaine à la fois monstre sanguinaire et objet de séduction ou le Docteur Godard qui assassine toute sa famille dans un moment de folie passagère – On n’est bien là dans le genre de sujet qui plait à Falce. Derrière la joie de faire sonner les mots, derrière le jeu de piste proposé par le songwriter (avec comme toujours des références au cinéma comme « Pierrot le Fou » ou « le Roman d’un tricheur » ; une part de fantasme, une part de réalité),  il transparaît dans Une chaise pour Ted une vision de l’humanité entre chiens et loup, sujet lourd de sens que My Concubine effleure dans un sourire sardonique. Le groupe ne s’apesantit pas de discours, de profondes réflexions : le disque est surtout affaire de plaisir, comme une brise vous caressant la nuque  au volant d’une vieille décapotable (pas une Ford Mustang mais sans doute une vieille Alfa Romeo, origine italienne de Falce oblige), comme la joie d’y écouter une musique agréable et du plaisir mélodique qu’elle laisse dans son sillage (addictive) : le groupe arrive à créer des bouffées d’air frais dans un disque passablement sombre. Il suffit de l’arrivée inespérée de quelques choeurs pour vous sortir de la spirale alcoolique de La nébuleuse de Johnny Walker.

Comme le précédent, le disque est co-réalisé  par Yann Arnaud désormais totalement intégré au groupe avec Mathieu Denis et Loic Maurin (Arman Méliès). Profitant de ces talents, My Concubine ressort musicalement grandi, améliorant encore un peu plus la qualité d’écriture et d’arrangements déjà en germes dans les précédentes aventures du groupe.  Dans les détails, on appréciera le clavecin qui trouble encore un peu plus l’éclat mordoré du Parfum,  le banjo qui ponctue les ballades d’une sonorité rustique et claudicante (Bad Movie ou le sympathique mais plus dispensable pauvres mecs) ou l’habillage plus électronique qui reste à l’affût dans Les petits détails (et toujours ce troublant son de clavecin) . Dans sa globalité, Une chaise pour Ted semble avoir été trempé dans un bain léger de new wave (dans ce cas là, My Concubine est plus Bashung que Gainsbourg). Pas de traitement en profondeur mais des sonorités de guitares qui tranchent (entrevues) et des claviers en appoint qui viennent joliment enrichir la musique, de la fausse froideur clinique de L’amour à Crédit, proche du Cure des débuts, aux  nappes qui adoucissent les cahots de la virée  En voiture avec Ted Bundy. Ces ajouts donnent envie de rester plus longemps en compagnie de My Concubine. Le groupe peut faire tourner sa musique et jouer les prolongations instrumentales ;  on y prend un plaisir sans cesse grandissant, visitant ainsi les méandres cachées de la mélodie. D’ailleurs, le disque se clôt sur un instrumental qui n’a besoin d’aucun texte et d’aucune voix pour séduire.

Une chaise pour Ted est un album terriblement addictif et son écoute répétée ne fait que rehausser sa valeur.

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Denis Zorgniotti

 

Date de sortie : 12 avril 2011
Label / Distributeur : Happy Home records / MVS Distribution

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L'Auteur:

Denis Zorgniotti
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Naturellement branché par quelques préfixes musicaux (indie, post, abstract, alt, math…) et même un suffixe (nica). Toujours prêt à défendre le petit label de Tours, Chambéry ou de Portland. Après quelques expériences presse et radio, a trouvé avec Benzine mag un nouveau terrain de jeu et d’expression. Ne désespère pas de trouver plus de temps pour écrire plus sur le cinéma, sa formation initiale et son autre passion. Mais seulement 24h dans une journée, un vrai scandale !

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