Alex Beaupain – Pourquoi battait mon coeur

En attendant de retrouver Alex Beaupain en compositeur de musique film pour l’ami Christophe Honoré, voilà Pourquoi battait mon coeur, un album de transition pour l’auteur des Chansons d’amour mais qui affirme encore plus une personnalité hybride.

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alex_beaupain_pourquoi_battait_mon_coeur.jpgEn attendant de retrouver Alex Beaupain en compositeur de musique film pour l’ami Christophe Honoré, voilà Pourquoi battait mon coeur, un album de transition pour l’auteur des Chansons d’amour mais qui affirme encore plus une personnalité hybride. Un disque toujours à la croisée de la chanson et de la pop qui fait entrer un peu plus d’électronique dans ses humeurs mélancoliques. De bonnes idées, parfois mal exploitées par quelques tics  « variété française ».

Avec Beaupain, les histoires d’amour finissent mal en général. C’était évidemment le cas dans Les Chansons d’amour, racontant une reconstruction après le deuil de l’être aimée, inspirée par la propre expérience du chanteur/musicien. Effectivement ici c’est moins grave mais pas vraiment gai, à l’image de Au départ qui met en parallèle l’histoire du PS du 10 mai 81 au 21 avril 2002 avec l’évolution d’un couple,  de l’espoir à la déroute donc. Tout est ici question de rupture, de tromperie, d’enlisement ; même une déclaration d’amour traduit inquiétude et renoncement (de tout sauf de toi). Mais chez Alex Beaupain, à l’instar d’ Amoureux solitaires le titre de Jacno, les textes peuvent être cruels, la musique reste parfois légère et insouciante. Le chanteur appartient à cette mouvance de pop à la française, Jacno bien sûr (plus de peur de  mal) mais aussi Etienne Daho, Taxi Girl. Notons que sa musicalité s’est aussi éveillée à quelques influences anglo-saxonnes : la nuit promet reprend une guitare à la Forest de Cure et la basse affiche un petit côté New Order.

Sur 33 tours, son précédent album,  il y avait Je veux, son Amoureux solitaires à lui, un titre qui se lovait dans une électro-pop bubblegum. Fort de cette expérience réussie, Beaupain en rajoute encore dans les claviers. Il va même plus loin drapant franchement d’électronique certaines de ces musiques. Il y a une modulation electroclash derrière Au départ. Le réussi Un culte insensé est nimbé dans des synthés organiques. Sur toute la ligne propose une virée le long de la carte  du tendre (en fait, celle de la RATP) aux sons de programmations entre compilation Hôtel Costes et électronique allemande. Mais c’est peut-être Ciel de traîne qui marque le plus : un ciel grandiose avec une vraie ampleur orchestrale rehaussée d’électronique pour un résultat qui titille les sommets de Biolay (et rappelle aussi les premiers Jérôme Attal…rendons à César la primeur française de ce genre d’ambiance).

Toutes ces idées d’arrangements sont pour le moins intéressantes et hissent Alex Beaupain au dessus du lot des ténors de la chanson variété française. Il y a un vrai travail sur la musique et une exigence de composition. Il n’empêche tout ceci pourrait être encore meilleur. Le songwriter revendique lui aussi sa part de francité populaire et cela s’entend dans une voix bel et bien mixée bien au-dessus de la musique (la jolie pop de chambre est noyée sur  le finalement dispensable  Avant la haine en duo avec Camélia Jordana) ou dans des lignes de chant couplés à un piano qui parfois évoquent au mieux Julien Clerc au  pire Patrick Bruel (A nos amours, nouvelle référence au cinéma de Pialat après « Nous ne vieillirons pas ensemble » cité sur 33 tours). Les arrangements de cordes de Pourquoi battait mon coeur sont aussi beaux que du Perry Blake (avec un piano Morriconien, c’est encore mieux) mais les tics énoncés plus hauts briment un peu l’impact  du morceau.

Tout ceci est sans doute dommage même si l’auteur assume pleinement cet héritage « variété française » (sur scène, il emploie volontairement la formule de « tour de chant »). Avec Pourquoi battait mon coeur, un cran en dessous des précédents, Alex Beaupain demeure néanmoins toujours une alternative de raison à toute la mauvaise pop variétoche qui squatte les grands médias.

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Denis Zorgniotti

Date de sortie : 12 avril 2011
Label : Naïve

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L'Auteur:

Denis Zorgniotti
Naturellement branché par quelques préfixes musicaux (indie, post, abstract, alt...) et même un suffixe (nica). Toujours prêt à défendre le petit label de Tours, Chambéry ou de Portland. Après quelques expériences presse et radio, a trouvé avec Benzine mag, un nouveau terrain de jeu et d'expression. Ne désespère pas de trouver le temps un jour d'écrire sur le cinéma, sa formation initiale et son autre passion. Mais seulement 24h dans une journée, un vrai scandale !

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