Esmerine – La Lechuza

esmerine_lalechuza.jpgIl serait réducteur de ne voir en Esmerine que le projet bis de Bruce Cawdron percussionniste de Godspeed You ! Black Emperor et de Beckie Foon, violoncelliste de Thee Silver Mt Zion ou de considérer La Lechuza comme une énième sortie de l’écurie,  Constellation.

Augmenté, de la harpiste Sarah Pagé et d’un deuxième percussionniste Andrew Barr, Esmerine est un groupe qui s’émancipe de ses deux maisons mères pour, offrir un album personnel entre musique de chambre, world cinématique et post-rock acoustique ;, un travail original à  rapprocher de Clogs. La Lechuza est bel et bien le genre de disque en tout cas, qui oblige le rock critique à  créer de nouvelles catégories musicales en forme d’oxymore, à  essayer de synthétiser de multiples influences centripètes qui aboutissent à  une musique globale et originale. Le groupe avait eu la chance de travailler avec,  Lhasa de Sela peu de temps avant la mort prématurée de la, chanteuse. Il reste de cette rencontre un titre présent ici où Lhasa donne une dernière fois toute la mesure de son talent et de sa faculté à  rendre bouleversant ce qu’elle chante.

Tout La Lechuza est un album hommage à  cette artiste d’exception, une volonté initiale, obligeant sans doute à  Esmerine à  donner le meilleur de lui-même. On pourra retrouver d’ailleurs ça et là  des, sonorités latines qui n’auraient pas déplu à  la Mexicaine. Lhasa a peut-être donné envie au groupe canadien de faire entrer la voix dans leur musique par essence instrumentale. L’ami Patrick Watson vient donc chanter sur trois titres dans un exercice de haute voltige où le temps semble suspendu (Snow day for Lhasa). Il faut dire que la musique de Esmerine possède déjà  cette faculté d’offrir une parenthèse loin de l’agitation de monde et de la foule déchaînée. La Lechuza est triste mais il n’est jamais désespéré et même, plutôt enivrant., Un tapis de, marimba boisé associé à  un violoncelle tissant un long fil mélancolique, donne le magnifique A Dog River, un titre qu’on n’a pas envie de quitter.

Avec Esmerine, la musique est un véhicule pour rapprocher les continents : sur trampoline, le jeu des percussions latines côtoie un thème au violoncelle japonisant. Il faut dire que chaque musicien est particulièrement brillant pour arriver à , modifier, le jeu de son instrument pour en changer l’aspect et le son. Sarah Pagé fait des miracles faisant croire que sa harpe s’est transformée en cora africaine, puis en cymbalum (le morceau de bravoure du disque Sprouts, évoque, notamment, Thee Stranded Horse ou, les BO de Ryuchi Sakamoto). De même sur Little Streams make big rivers, un titre qui s’emballe comme un cheval au galop, ce qu’on jurerait être un saxo free jazz,  est en fait un cor, instrument, généralement dévolu à  des taches plus sages.

Ceci apparaît comme un petit détail au vue de l’émotion suscitée par un tel disque mais il démontre qu’avec Esmerine, il convient de laisser quelques certitudes au vestiaire et de s’abandonner à  cette musique de traverse. Lhasa aurait adoré. Et nous avec.

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Denis Zorgniotti

Date de sortie : 7 , juin 2011
Label / Distributeur : Constellation records / Differ-ant

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