Déjà vieux briscard de la musique, Peter De Stijl réactive après de 10 ans de sommeil son projet sous haute influence Depeche Mode. Un peu trop peut-être…
La réponse du berger à la bergère. Il y a quelques années White Stripes avait appelé son album De Stijl. Aujourd’hui non sans une certaine malice, De Stijl appelle le sien The White Stripes. Laissons tomber le chiasme et revenons à la musique, celle des Montpelliérains qui nous préoccupe ici n’ayant rien à voir avec celle des Américains. De Stijl n’est pas primal et brut mais sophistiqué ; avec De Stijl, tout n’est pas affaire de guitare et de batterie mais en plus de ces derniers, de machines, de synthés, de programmations. De Stijl n’est pas rock mais electro-rock. Nuance. D’ailleurs, Peter De Stijl a tout enregistré sur ordinateur avant de faire rejouer chaque partie musicale par un vrai groupe : Fred Vernay au chant, Elkas à la guitare, Laurent Guillot à la batterie et Chris Castejon à la basse. Les sonorités synthétiques restent au centre de la musique de De Stijl dans un entre-deux qui n’est pas sans rappeler Depeche Mode période Ultra.
Depeche Mode justement ! Au blind test, bon nombre d’auditeur pourrait s’y méprendre et croire que The White Stripes n’est autre que le nouveau rejeton discographique des pop stars britanniques. Les Français sont new wave dans leurs influences, on pense rarement à Cure (version remixé sur Serial immortality), parfois à New Order dans la basse. Mais c’est surtout Depeche Mode qui ressort largement à l’écoute de The White Stripes. Même la voix de Fred Vernay peut faire concurrence à celle de Dave Gahan. Quant à l’écriture musicale de De Stijl, elle ressemble parfois trait pour trait à celle de Martin Gore, ce qui est en soi un petit compliment car l’Anglais est connu pour être un fin mélodiste (Clues and Motives). Le traitement et la production sont aussi souvent au niveau, ce qui est presque une gageure (tant DM maîtrise le sujet) ; puissante, rentre-dedans, indus en filigrane mais faisant ressortir chaque strate musical. Cette lourde filiation avec Depeche Mode démontre toute la qualité du disque mais en fait souvent sa limite (à fortiori quand le groupe fait un peu le service minimum par exemple sur la mollasson Wygiwin). De Stijl est quand même plus un bon élève maîtrisant très bien son sujet qu’un artiste visionnaire.
Néanmoins, De Tijl a pour lui d’insuffler des guitares torturées (plus que chez DM doit-on se sentir obligé d’ajouter) à certains de ses morceaux, cela donne de grands titres malades, entre ambiance délétère et mélodie lumineuse (les meilleurs du disque : Burning blood, outraspection, 280). Dès lors, le petit gimmick Jacno-ien (on dirait Rectangle) dans ce monde clair-obscur semble un peu hors de propos (Psycho). Sauf de vouloir faire danser à tout prix sur un terrain marécageux.
Autre surprise (même si Depeche Mode avait fait de même sur quelques titres de Songs of Faith and Devotion pourrait-on glisser si l’on était malintentionné), l’arrivée de choeurs black soul dans ce monde ultra blanc sur Friends et Greedy pour un résultat pas désagréable mais qui ne change pas la face du monde. On préfèrera le nonchalant Out of Ready plus naturellement brit-pop qui démontre que De Stijl peut être à son affaire dans des envies plus simples.
A noter qu’un coupon fourni avec le Cd permet de télécharger deux autres versions de The White Stripes, une « électro dancefloor » et une autre acoustique avec guitare, cordes…A vous de choisir comment vous préférez De Stijl.
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Denis Zorgniotti
Date de sortie : 30 mai 2011
Label : Hydrophonics
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Video de Clues and Motives














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