Cat’s eyes – s/t

Quand Rachel Zeffira soprano d’opéra et Faris Badwan échalas à  la tête des vautours de The Horrors s’associent le temps d’un album (et d’une vie à  la ville mais chuuuut), l’album s’appelle Cat.’s eyes et c’est un petit plaisir de pop faite de noir et de blanc.

The Horrors c’est sans doute un des groupes post psyché les plus intéressants de ces dernières années. Un groupe qui envoie le bois sur scène, à  coups de mélodies construites en spirales, mais sans oublier qu’il y eut, après les volutes du haschisch et le flower power des hérauts de 68, les sombres pensées du punk et les récessions économiques qui colorèrent de drame l’arrivée de la new wave. Rachel Zeffira c’est de son côté la classe un peu stricte d’une éducation musicale classique et un chant lyrique qui se satisfait bien, de fait, des instruments classiques qui la portent.

Et quand on réunit les deux composantes on a Cat.’s eyes donc , soit un voyage romantique, presque gothique -disons plutôt baroque- dans l’univers des groupes à  filles des années 60, en version sombre et désabusée. Anti Spector. Un anti Claudine Longet, aussi. Etrangement le mariage entre la formation de musicienne classique et la fougue rock du chevelu dégingandé fonctionne à  merveille.

C.’est toujours un plaisir quand un album nous convie à  visiter un petit univers tel qu’en lui-même. Et Cat.’s eyes en propose un. Un univers qui pour l’anecdote a pris ses marques au début 2011 lors d’un concert au Vatican, qui donne l’ambiance autant que l’anti ambiance de cet album un peu faustien dans l’âme. Un univers sombre, presque vampirique, en complet mid tempo, où l’auditeur ne parvient pas à  faire le distinguo entre la composante classique et l’effervescence pop-rock : ici ce sont des cuivres qui portent le rythme et un chant distordu, là  c’est une basse ronronnante quasi Crampsienne qui dirige la section de percussions.

J.’aime être cueilli par des paroles féminines toutes poppy  » cette fille est mieux que moi, cette fille est mieux que moi » » portées par des arrangements classiques et une guitare primesautière. J.’aime être surpris de constater que Badwan chante peu, grave, et que je songe à  Iggy ou à  Lou Reed quand il prend le crachoir.

J.’aime passer de cette atmosphère pas si éloignée dans le fonds de Last Shadow Puppets et des twee Belle and Sebastian, aux cascades flippantes de la bourgade de Twin Peaks servies par un piano à  queue et un univers musical proche de Julee Cruise ou Badwan s’exerce au croon. J.’aime me rendre compte que la limite est parfois ténue entre David Lynch et Sigur Ros, qu’elle tient souvent aux cordes et la réverbération continuelle qui rend les voix sépulcrales ou diaphanes. Je kif.

l’album tient la longueur, charme, transpire la classe ; et ce qui pourrait n’apparaître à  certains que comme une distraction de Badwan entre deux albums de The Horrors (le nouveau est attendu fin de l’été 2011) apparait comme le pur produit d’un groupe à  part entière, qui a non seulement une esthétique, une formule musicale, mais aussi dont l’album s’avère une véritable réussite à  peine fautrée, pleine de charme esthète et romantique. On ne l’a pas vu venir, on y croyait pas vraiment, mais il s’avère qu’on finit conquis. Une écoute au casque pour tomber dans le sommeil est une expérience quasi mystique.

Denis Verloes

Tracklist

Label:Kooyp / Cooperative music
Date de sortie: 25 avril 2011

Plus+
Le site officiel
Ecouter l’album sur Spotify
La critique de Primary colours de The Horrors
La vidéo de Love you anyway dans les locaux de Studio Brussel

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