Chroniques express 79

THE HORROR THE HORROR / VITAS GUERULAàTIS / LOKI STARFISH / KILL THE YOUNG / BORED MAN OVERBOARD / HELIPORT / ATOMIC PARACELZE / MOTHER MOTHER / THIRD MIRROR / PURE X


THE HORROR THE HORROR – Wilderness

Un vrai album d’été qui nous vient de Suède, l’autre pays de la pop. Dans une formule à  5 (avec deux guitares), The Horror The Horror distille une musique mélodiquement au dessus de tout soupçon, légèrement groovy aux entournures (Honestly). Entre tendance californienne, réminiscences new wave, la musique du quatuor rappelle quelques atours charmeurs des années 70-80. De bons titres qui tournent immédiatement dans la tête (le Strokes-ien Wilderness comme meilleur exemple) et un dernier Out of Here, entêtant voire hypnotique, qui ouvre le groupe, avec,  bonheur, sur plus d’électronique. Sans doute un peu trop sage, Wilderness, est plus qu’une agréable madeleine de pop. (3.5) Denis Zorgniotti
Tapete records / Differ-ant / Avril 2011

 

VITAS GUERULAàTIS – s/t

Vitas Gerulaîtis, le tennisman, était un loser magnifique, un playboy des courts. Vitas Guerulaîtis, le groupe, est un entité tricéphale dont l’écoute de la musique ressemble à  la visite dangereuse d’une décharge publique. On se retrouve au milieu de matières disparates, on y respire des odeurs fortes, on peut même y dénicher des trésors abandonnés. Mais on ne sait pas si, on en sortira en un seul morceau, menacés que nous sommes d’être démembrés par un concasseur et autre machine monstrueuse. La musique de ce trio de Français de Bruxelles hésite sans cesse entre la construction de motifs musicaux, y compris mélodiques (si, si), et, leurs destructions pures et simples. Le style inimitable de Vitas Guerulaîtis est à  situer entre krautrock à  claviers, et, no wave,  à  guitares. Au milieu de ces ruptures, ces cassures, ces changements de ton, et de ces accès de violence, l’auditeur ne sait pas s’il va survivre jusqu’au bout d’un disque difficile qui ne demande qu’à  être apprivoiser. L’album n’est pas à  proprement aimable mais, attire d’abord intellectuellement par son côté happening dada. Ensuite, il séduit, sensoriellement et oserais-je le dire musicalement. Entre deux éructations, les voix masculines et féminines arrivent à  se poser et à  épancher une musicalité délurée de diva, nouvelle preuve s’il en est que notre trio déjanté arrive à  créer des harmonies et même des moments de douceur.,  N’ayez pas peur, cela ne fait pas (toujours) mal., (3.5) Denis Zorgniotti
Cheap Satanism records / Believe / CD1D / Mai 2011.

 

LOKI STARFISH – Love like Banners

En voilà  qui ne manquent pas d’ambition et qui proposent un projet cohérent et parfaitement pensé : comme support à  leur création,,  Loki Starfish utilise l’image à  tous les étages (un VJ sur scène, du graphisme, des photos et pas moins de cinq clips). Tout ceci pourrait sentir la prétention à  plein nez si la qualité musicale ne suivait pas. Or, c’est le cas avec ce groupe emmené par Jérémie Lapeyre. Love-Like Banners est un album qui combine,  mélodies pop et,  gros sons synthétiques ; un habillage que n’auraient pas renié une partie de l’électronica allemande (de Lali Puna à  Schneider TM en passant par Barbara Morgenstern). Efficace et même parfois envoutant (DIW où Lapeyre pose une ligne de chant de conteur médiéval sur un tourbillon digne de l’Emerge de Fischerspooner). L’album aurait mérité d’être un peu plus court,  pour un effet coup de poing accru. Loki Starfish serait-il du genre boulimique ? (3.5) Denis Zorgniotti
Gigantic Ego Music / Mosaîc Music / Juin 2011


KILL THE YOUNG – Thicker the water

Quelle ne fut pas ma surprise en voyant la ribambelle de bonnes chroniques à  l’endroit de ce disque qui m’a laissé sur le bas côté ! La presse aime beaucoup (trop ?) les frères Gorman ; peut-être car le trio anglais a laissé à  chacun de bons souvenirs de concert. Mais avec ce nouvel opus, Kill The Young recherchant toujours le Saint-Graal de la power pop, à  savoir le morceau qui tue, semble avoir recours de plus en plus à  de grosses ficelles. Sur Thicker than water, la mécanique semble le plus souvent enrayée, comme si après l’inspiré I don’t want to fight with you anymore – qui laisse augurer un album riche et complexe, le trio avait abattu toutes ses bonnes cartouches. Le reste est une suite de titres comme le rock anglais en produit depuis 40 ans.,  De la grosse cavalerie jouant sur,  une emphase,  artificielle sans plus de passion et d’originalité que ça. Plus que jamais, le groupe aura des chances de passer en radio. Mais à  quel prix !,  Kill Kill the Young !
(2.0) Denis Zorgniotti
Volvox music / Rue Stendhal / Avril 2011


BORED MAN OVERBOARD – Rogue

Avoir une bonne voix, c’est toujours bien ! C’est que qu’on peut se dire à  l’endroit de Bored Man Overboard, groupe suédois (encore !), qui bénéficie de la présence d’un chanteur au timbre ténébreux et fragile, proche de Stuart Maples de Tindersticks ou de Matt Berninger. The National justement ! Bored Man Overboard ressemble parfois à  s’y méprendre au groupe américain dans des compositions clair-obscur élégantes, qui voient se cotoyer, guitares, piano, violon et trompette (Bored Man Overboard est un septuor, ça aide) : la copie vaut souvent l’original, ce qui est déjà  presque un exploit. Quoi d’autres ! Ah oui, Sinner Song a servi de musique pour la bande-annonce de Dexter. Un bon groupe, je vous dis ! (4.0) Denis Zorgniotti
Hazelwood / Differ-ant / Juillet 2011, 

 

HELIPORT – Désarroi esthétique
Nouvelle sortie du, label Hip Hip Hip (, Minnaars, Botibol et Pharaoh), voici les Rennais de Heliport qui pratiquent un power punk emo rock pour le moins énergisant. Rythmique enlevée parfois à  la limite du math rock, riffs accrocheurs, harmonie vocales et mélodies porteuses, rien ne manque à  qui aime le genre même s’il ne porte ni panta-court, ni casquette et qu’il ne fait pas de skate. Heliport allie haute technicité et je-men-foutisme généralisé, ce qui donne le meilleur (Signal Jersey), le moins bon avec quelques titres moins tenus mais aussi le pire, l’accent français à  couper au couteau peut même devenir rédhibitoire. Dommage (2.5) Denis Zorgniotti
Hip Hip Hip / Mai 2011

 

ATOMIC PARACELZE – s/t
Sous l’étiquette auto-proclamée »no guitar-avant rock » les Suisses de Atomic Paracelze disent à  la fois tout et rien sur leur musique. Il faut dire celle-ci ne se met pas facilement dans une case (le nom »avant rock » un peu fourre-tout) et se démarque déjà  par son line up : violon, fender Rhodes, basse, voix et électronique. La formation n’exclut ni effets, ni distorsion et s’en donne parfois à  coeur joie. Les structures free jazz et l’ouverture tout azimut évoqueront Mike Patton (surtout dans Mr Bungle) et John Zorn ; autant dire que l’album longtemps muri par nos Helvètes (le groupe existe depuis 2008) n’est pas très facile d’accès. Au milieu des ruptures de ton et de ce grand écart entre jazz, métal, musique contemporaine et musique de l’Est (avec ce fameux violon), des moments aussi calmes que le I’m Easy repris par Faith no More montre le bout de son nez et Antoine Läng chante à  la manière d’un interprète de Broadway. Le contraste n’en est que plus saisissant. Une expérience hors des sentiers battus. (3.0) Denis Zorgniotti
Invaders record / mars 2011


MOTHER MOTHER – Eureka

Après l’efficace O My Heat, on pouvait penser que les Canadiens de Mother Mother casseraient la baraque avec leur nouvel opus. Raté ! Proche de leurs compatriotes de New Pornographers et de Metric, le groupe perd en mordant ce qu’il gagne en sophistication. Plus ambitieux, l’album, tourne souvent à  vide donnant le sentiment qu’il manque , le petit quelque chose pour vraiment transformer l’essai, ; à  l’image de The Stand, premier single, irréprochable sur bien des points mais qui apparait comme un sous-B52’s.,  Bref, tout est là  : une production béton, ces harmonies vocales à  trois voix qui faisait déjà  le succès du groupe, des arrangements plus fouillés, de la pop, du rock, des claviers, des guitares… mais quand ça veut pas percuter, ça veut pas ! Heureusement, baby don’t dance et son gimmick Pixien redonne, un peu d’impact, à  Mother Mother. Quant à  Simply simple et toute la fin du disque Far in time, Orleander, Call me down, ils avancent sur du velours, trouvant la bonne, formule pour réussir là  où le reste avait en partie échoué.,  Eureka, , !, Enfin ! (3.0) Denis Zorgniotti
Last Gang Records / Naîve / mars 2011


THIRD MIRROR – s/t

Le bonheur c’est simple comme une invitation sur Facebook. Celle-ci émanait d’un jeune musicien Bordelais et un peu malgré moi, j’allais écouter sa musique pour finalement découvrir …un excellent songwriter. Profitant de la technique de l’oversampling et de sa belle voix claire, Third Mirror tisse une folk électrique et mélancolique du plus bel effet. Ajoutant à  sa mélodie initiale de subtiles couches musicales, le Bordelais fait petit à  petit monter la sauce : comme un strip tease à  l’envers pour un glissement progressif du plaisir,, de la sérénité à  la tension (Third Mirror, Desert). , Le principe est toujours à  peu près le même et on pourrait s’en lasser à  la longue. Sauf que miraculeusement, on marche à  chaque fois ! Il émane de ces musiques,  une beauté intemporelle (pourtant totalement en phase avec son époque) qui n’est pas sans rappeler Sufjan Stevens, Syd Matters ou certains climats post-rock. Third Mirror ne manque pas non plus de charisme et, impose son univers clair-obscur par le charme. Emouvant, et parfaitement maîtrisé. (4.5) Denis Zorgniotti
Autoproduction / Avril 2011


PURE X – Pleasure

Le fond et la forme. D’un côté une pop/rockn’ roll, assez classique chanté avec nonchalance souvent d’une voix de fausset. De l’autre, un traitement particulier nimbant toute la musique dans un brouillard trouble et troublant : comme du, Nancy Sinatra, totalement brouillé par, l’univers électrique, baveuse, et crado de, Jesus and Mary Chain. Comme du Raveonettes sans savonnette. , Les Texans de Pure X proposent une musique qui semble avoir été produite dans un état semi comateux, après une soirée bien arrosée au moment où la perception de la réalité se déforme et tout geste se fait au ralenti. Le meilleur morceau du disque est d’ailleurs le plus abstrait, Surface, , qui ressemble à  une dérive hallucinogène, vaguement curiste où le chant devient totalement vaporeux. En tout cas, une chose est sûre, David Lynch adorerait Pure X ! Cette production typée qui fait toute l’originalité de Pleasure en fait aussi sa limite : une bonne idée, c’est bien ; sur tout un disque, c’est déjà  plus lassant. Alors, on imagine sur toute une discographie. Une petite partie de plaisir perverse qui doit rester limitée. (3.0) Denis Zorgniotti
Acephale / Differ-ant / Août 2011, 

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