Lourdes

Jessica Hausner, l’ancienne assistante de Michael Haneke, a la très bonne idée de faire de Lourdes et sa débordante activité autour des miracles, réels ou fantasmés, le décor original de son dernier film. Comme son auguste mentor, elle produit un cinéma froid, presque cérébral, analytique et sans psychologie. l’impression générale est celle d’un malaise où l’équivoque et l’indétermination du propos affleurent. Quelles sont les réelles intentions de la réalisatrice, hormis celles évidentes et accomplies de décortiquer le troublant commerce sévissant dans la ville des Pyrénées, ? Regarde-t-elle l’agitation des grenouilles de bénitier avec un oeil froid et moqueur, ou au contraire la traite-t-elle avec distance, sans jugement ni désir de choquer, ? Difficile de trancher, néanmoins Jessica Hausner parvient parfaitement à  mettre à  jour les mesquineries et l’hypocrisie que dissimulent mal la pitié affichée et l’apparent dévouement aux malades. Lorsque le miracle se produit, c’est chez une jeune femme (Sylvie Testud) à  la foi tiède et au comportement passif. La question du choix (de Dieu) est finement évoquée, provoquant à  son tour jalousie et rancoeur chez ceux à  qui la guérison n’a pas été accordée. l’analyse, froide et clinique, est efficace dans son constat cinglant et sans concessions, ne manquant pas non plus de réfléchir à  la position inconfortable de la fraichement miraculée, en proie à  toutes les attentions et à  l’observation cruelle d’une possible rechute – qui annulerait le présent miracle et, par conséquent, l’action de Dieu. Enfin, dans une scène ultime assez sidérante, se pose aussi le paradoxal dilemme de l’acceptation du bonheur après avoir tant souffert à  vivre avec le handicap et à  bannir la colère et le ressentiment légitime. Les bien-portants évoquent sans gêne devant ceux dont ils ont la charge la guérison de l’âme avant celle du corps, tout en organisant une randonnée dans la montagne et une soirée de gala durant laquelle ils n’hésiteront pas à  danser. Derrière une mise en scène faussement plate, la réalisatrice autrichienne de Lovely Rita fait sans conteste preuve d’une profonde acuité et rend passionnant un sujet qui avait toutes les chances d’être caricatural et casse-gueule.

Patrick Braganti

Lourdes
Drame français, autrichien de Jessica Hausner
Sortie : 27 Juillet 2011
Durée : 1h39
Avec Sylvie Testud, Léa Seydoux, Bruno Todeschini,…

La bande-annonce :

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