The Trip

The Trip ou le retour de Michael Winterbottom, le cinéaste anglais qui tourne plus vite que son ombre » »Le voyage » en V.F : un titre,  obligé pour ce mini road-movie au tempérament baladeur. On retrouve ici pour la troisième fois le tandem d’acteurs Steve Coogan-Rob Brydon (déjà  à  l’affiche de 24h Hour Party People et Tournage dans un Jardin Anglais) au menu de ce dix-huitième film du Speedy Gonzales britannique de la caméra à  la longue filmographie éclectique, et inégale.

Un cas déroutant ce Winterbottom. Qui se fiche bien de diviser farouchement sur son cas critiques et spectateurs : un raconteur d’images qui aborde sans peur tous les genres (mélo, film de guerre, thriller, comédie) ou un opportuniste prétentieux à  la virtuosité tape-à -l’oeil? Cas pour ma part toujours pas réglé, avouons-le : les films du monsieur n’atteignant leur cible qu’une fois sur deux, avec une préférence pour les films intimistes, drames ou comédies (Un Eté Italien, Tournage dans un Jardin Anglais) plutôt que les pseudos-documentaires mondialistes (In This World) ou les thrillers (déplaisant souvenir de The Killer Inside Me, sous-David Lynch ou Cronenberg mal digéré).

Volontairement plus léger – voire light – The Trip affiche une humeur plus ludique : deux acteurs plus british que nature dans leur propre rôle embarqués dans une tournée gastronomique des adresses de restaurants à  la mode, Brydon remplaçant au pied levé la petite amie de Coogan, partie, réfléchir sur leur couple., Deux frères ennemis à  la langue bien pendue (ennemis des films bavards, passez votre chemin) qui semblent plus concernés par leur amitié/rivalité et leur place dans le métier d’acteur que par la cuisine sophistiquée des restaus chics qu’ils écument, un coté »bobo-chic » qui agace souvent.

Ce sera donc selon votre humeur : soit l’aspect  » two-man show » des deux lascars se lançant dans de longues comparaisons de leur talent respectif et la répétition inévitable des scènes (chaque jour, un nouveau restau) auront raison de votre patience. Soit bon client, vous apprécierez la montagne de sarcasmes spirituels et le sens de la dérision des deux cabotins, avec une préférence pour l’air de suffisance amusée so british de l’attachant Steve Coogan, acteur de films d’auteurs en perte de notoriété qui se venge en se moquant de la réussite de son compère Brydon, imitateur télévisuel, balourd mais plus populaire que lui. Vrai ou fausse rivalité ?

Qu.’importe, car au gré des mises en boîte des compères, on savourera l’absurdité de leur concours d’imitations (qui imite le mieux des deux l’accent cockney de Michael Caine ou le timbre voilé d’Al Pacino?) ainsi que le portrait dessiné par Winterbotttom d’un milieu narcissique mais aiguisant la fragilité naturelle des acteurs, soumis à  une rivalité sans pitié. Des saillies verbales souvent réjouissantes mais qui souffrent tout le long de la tendance d’un Wintterbottom à  simplement capter l’improvisation de ses acteurs en laissant tourner la caméra, une réalisation « les mains dans les poches » trop paresseuse.

Finalement, au bout de cette critique ambivalente sur un film ludique mais aux défauts voyants, si The Trip peut emporter la partie, c’est pour le discret mais réel hommage à  l’âme et la culture anglaise qui irrigue le film : une traversée de la campagne au son de Joy Division, un franc délire commun sur la chevalerie au cinéma ou un hommage vibrant à  la poésie anglaise dans un antique cimetière.

Un attachement profond des personnages – et imaginons-le du réalisateur, – à  leur île britannique. Pour peu qu’on partage alors ce même amour, on passera sur les défauts constitutifs de The Trip, donc ceux de Winterbottom, en appréciant le côté décontracté mais mineur de ce (petit) voyage … si le film est toujours à  l’affiche près de chez vous.

Franck Rousselot

The Trip (2011)
Comédie britannique de Michael Winterbottom
Durée : 1h47 mn
Avec Rob Brydon, Steve Coogan, Margo Stilley, »
Sortie : 20 juillet 2011

La bande-annonce :

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3 thoughts on “The Trip

  1. totalement d’accord…je remets une couche : regardez TOURNAGE DANS UN JARDIN ANGLAIS, c’est un chef d’oeuvre d’humour britannique !

  2. merci et d’accord pour le trop méconnu « Tournage dans un Jardin Anglais » : plutôt réservé aux amoureux de l’Angleterre mais si savoureux. Bon, et Winterbottom alors : bon cinéaste ou pas ?

  3. Winterbottom fait sans doute trop de films (il y a donc du très bon et du moins bon…) et il a la prétention de toucher tous les sujets. C’est quelque part épatant…Il arrive à passer allègrement du film très classique en costume (Jude), aux faux docus, de la série Noire (Butterfly kiss) à un film à la limite du dogme (Wonderland), du biopic rock ‘n roll (24 hour party people) à la comédie dramatico-romantique (With or without you) ne passant par le film noir glamour (I want You). Perso, mise à part la fin grotesque, j’avais plutôt aimé T »he Killer inside me » (comme quoi, je suis peut-être indulgent avec ce bon Michael).

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