Son Lux – We Are Rising

Rien de mieux que de tomber amoureux par hasard d’un disque pour renouer avec l’actualité musicale que la rentrée est prête à  déverser. Publié ces jours-ci en physique mais sorti dans l’inertie de cet été rare en grandes sorties, We Are Rising impose d’emblée son caractère unique et addictif. Chef-d’oeuvre de la saison ? Disque de chevet immédiat en tout cas.

We Are Rising donne la sensation de pénétrer dans les méandres d’un cerveau foisonnant d’idées révélant une production d’une précision maniaque. L’aboutissement de l’obsession de Son Lux sur le son, dont on a déjà  eu l’aperçu, au travers de ses remixes de Radiohead, Beirut ou Owen Pallet, pour ceux qui étaient passés en 2008 à  côté de son premier et déjà  splendide LP At War With Walls & Mazes.

Disque fou et inspiré, rétif aux catégorisations, tant solaire que nocturne, aussi radieux que taciturne, ce deuxième album d’une beauté irréelle révèle au grand jour le talent surprenant de cet alchimiste sonore, faux solitaire bien entouré.

Entre électro tortueuse, abstract hip-hop, musique contemporaine et pop brûlante, Ryan Lott alias Son Lux mixe le tout, transmutant son projet en cathédrale sonore rêvant d’un art total. Vaisseau spatial à  l’atmosphère nocturne et inquiétante, peuplée d’une forêt d’arrangements néo-classiques, de beats à  la précision chirurgicale et de choeurs éthérés, l’album est une machine de guerre agissant comme un poison profond au caractère explosif.

Musicien fureteur de formation classique et ayant collaboré à  l’écriture de musique de ballets, Son Lux réussit le mariage de l’expérimentation laborantine et de la pop immédiate, alliant rigueur chirurgicale du son (Rising, Claws) et folie baroque des arrangements (Flickers, Chase).

Une richesse sonore – choeurs divins dont The Antlers ou Shara Worden de My Brightest Diamond – et instrumentale – cuivres, cordes, piano, bois, électronica – d’une maturité magistrale surtout quand on découvre que le tout a été conçu en UN SEUL MOIS, résultat du défi du magazine, RPM !

On pourrait évidemment entendre dans cette pop mutante, cérébrale et organique les échos d’autres petits génies multiformes : le Sufjan Stevens de The Adge Of Adz, le lyrisme orchestral d’Owen Pallett, l’onirisme de Sin Fang, l’éclectisme de Yellow Ostrich. Mais Son Lux impose ici sa suprématie en combinant luxuriance orchestrale et mélancolie lyrique.

Volontiers sombre, introspective et comme illuminée de l’intérieur, sa pop flamboyante impose sa mélancolie majestueuse portée par sa voix d’ange déchu, d’autant plus troublante dans cet écrin clinique parfait. Et l’on songe alors au Eraser de Thom Yorke, mariage du feu et de la glace, parent éloigné probable de ce joyau ou aux productions Realworld bonne époque d’un certain ange Gabriel, prénom Peter.

Mais le génie de cet enfant du laptop et du New York Philarmonic Orchestra est assez grand pour se passer de références et n’attend surtout plus que vous pour succomber. Et la géniale Leave The Riches, aux choeurs célestes et à  la fascinante dimension gothique, résonne comme le diamant noir de cet album addictif, d’ores et déjà  une des merveilles de l’année.

Franck Rousselot

Son LuxWe Are Rising
Label : Anticon
Sortie : 24 août 2011

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