Présumé coupable

Dans Présumé coupable, le réalisateur Vincent Garenqne traite pas de l’affaire d’Outreau dans son ensemble, mais se concentre sur le calvaire d’un homme accusé de pratiques déviantes à  l’encontre d’enfants. Ou comment Alain Marécaux, un huissier de justice menant jusqu’à  présent une existence normale la voit basculer dans l’horreur par une aube d’arrestations violentes. La sensation de violence et d’agressivité renforcée par l’atmosphère claustrophobe née de l’enfermement ne va pas quitter la majeure partie du film, oppressant et anxiogène.

Puisque nous en connaissons l’issue (qui aboutit à  un verdict d’acquittement de la Cour d’Assises de Paris en décembre 2005), l’intérêt du film ne réside donc pas en son suspense, mais davantage dans l’exposition d’une descente aux enfers qui semble impossible à  endiguer, accélérée par le zèle d’un juge aux méthodes pour le moins indélicates et la vindicte d’une population prompte à  lyncher les boucs émissaires. La limite de Présumé coupable se situe dans la restriction volontaire du traitement, qui élude totalement les motifs et les conditions d’un déraillement judiciaire spectaculaire, qui dépasse largement l’incompétence naîve et ambitieuse d’un jeune juge, adoubé par ses pairs. On retiendra surtout d’un long-métrage sobre et sans effets ostentatoires – dont la meilleure illustration est l’absence totale de musique – le laminage d’un homme qui ne cherche jamais à  jouer les héros et révèle au contraire sa fragilité et son hébétude dans la rapidité à  craquer et déchoir. On a beaucoup évoqué la performance physique de l’acteur Philippe Torreton, résumée en la perte presque surnaturelle de 27 kilos. Mais il excelle aussi à  jouer la stupeur et l’incompréhension, la perte de repères et de valeurs, la négation même de l’idée d’homme. Engagé dans une grève de la faim suicidaire, Alain Marécaux sombre dans l’inconscience et le délire. On sait gré à  Vincent Garenq de traiter ces moments horribles avec la distance nécessaire, refusant d’en rajouter dans l’épreuve que constitue le film.

La véritable motivation de Présumé coupable est sans doute à  chercher dans la représentation réaliste d’une machinerie mise en branle et incapable d’être stoppée apte à  broyer la vie d’un homme et de sa famille. En ce sens, l’aspect documentaire du film qui nous fait pénétrer dans les bureaux de police, le cabinet du juge et les prisons surpeuplées et délabrées constitue indéniablement sa plus grande réussite, alors que la mise en scène du procès et des plaidoiries des magistrats éloigne du sujet principal. Au final, Présume coupable s’avère une oeuvre plutôt traumatisante envers laquelle il paraît difficile de rester insensible et impassible face au martyre à  la fois tangible et kafkaîen que subit Alain Marécaux. On en ressort ébranlés et révoltés, le jeu de tous les comédiens contribuant largement à  susciter ces sentiments.

Patrick Braganti

Présumé coupable
Drame français de Vincent Garenq
Sortie : 7 Septembre 2011
Durée : 1h42
Avec Philippe Torreton, Wladmir Yordanoff, Noémie Lvovsky,…

La bande-annonce :

 

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