Après le Sud

Après le Sud (beau titre qui comporte sa part d’énigme) est le premier film de Jean-Jacques Jauffret qui jusqu’alors fut acteur, scénariste et assistant réalisateur. À partir d’un fait divers réel, le cinéaste novice entrecroise le destin de plusieurs personnes durant les quelques heures qui précèdent le drame en question. l’adoption de points de vue différents est devenue une pratique récurrente aujourd’hui en charge d’éclairer le spectateur sur les interactions tissant les fondations d’une situation qui, malgré l’irruption soudaine de la violence et de la mort, qui n’a jamais rien de spontané ni fortuit.

En suivant ces quatre personnages, : une mère et sa fille, le petit copain de cette dernière et un voisin âgé, Jauffret met à  jour les petites cruautés et les humiliations insidieuses subies quotidiennement, terreau idéal du repli et de l’incapacité à  vivre ensemble. Mais l’intention du réalisateur ne se situe pas sur le plan sociologique ou politique. C.’est davantage la trajectoire particulière de chaque personnage qui l’intéresse. Quatre êtres humains en mouvement, souffrants dans leurs corps, : une femme obèse, un garçon à  la cheville foulée, un vieil homme usé par la marche qu’il doit effectuer pour aller au supermarché. Quatre personnes qui traversent régulièrement l’écran, se croisent et se côtoient sans réellement communiquer. S.’il y a unité de temps, il y a également unité de lieu, : nous sommes dans le Sud, au bord de la mer, près d’un port mais le soleil qui tape n’adoucit en rien la noirceur des existences. La misère (sociale) n’est décidément pas plus belle au soleil. Après le Sudest une oeuvre radicale qui n’évite pas quelques erreurs comme une fin théâtrale à  la symbolique religieuse appuyée. Néanmoins, le film réserve quelques séquences fortes comme la crise d’angoisse de la femme corpulente dans une chambre d’hôpital ou l’interpellation du vieil homme accusé d’avoir volé un disque au supermarché. l’humiliation plus ou moins consciente infligée par un médecin omniscient à  une patiente fragile et complexée, un père à  son fils qu’il renvoie du chantier, les clients indifférents à  la caissière invisible ou enfin des vigiles moqueurs et imbus de leurs prérogatives à  un homme bafoué dans sa dignité traverse le film, sorte de fil rouge.

Le film ne dénonce pas, se contente de constater froidement et cliniquement la réalité dans ce qu’elle a de plus banal et acceptable. Le traitement épuré avec la rareté des dialogues, la place faite aux corps disgracieux ou abimés, approchés dans leur simple nudité sans pudeur ni voyeurisme et la dimension christique renvoient à  la production aussi radicale du jeune cinéma mexicain, notamment celle de Carlos Reygadas. Sans doute un peu scolaire et appliqué, lourd de sens par endroits, Après le Sud ressort cependant du lot des premiers longs-métrages souvent trop pleins ou autobiographiques. La construction chorale, si elle n’est en rien inédite, ne souffre pas de faiblesse et la direction d’acteurs est au diapason.

Patrick Braganti

Après le Sud
Drame français de Jean-Jacques Jauffret
Sortie : 12 octobre 2011
Durée : 01h32
Avec Adèle Haenel, Sylvie Lachat, Ulysse Grosjean,…

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