Le Skylab

Il y a quatre ans 2 Days in Paris nous avait séduits par sa liberté de ton et le regard moqueur, voire acéré à  certains endroits, que la réalisatrice Julie Delpy portait sur le milieu artistique parisien, à  travers l’observation ironique d’un architecte américain immiscé presque malgré lui dans l’univers (parents, ex petits amis) de sa compagne française. La cinéaste et comédienne exilée à  Los Angeles faisait alors preuve d’une belle inventivité au service d’une comédie pétillante et hilarante.

En 2011, où sont passées la fraicheur et l’originalité d’alors, ? La question nous brûle les lèvres à  découvrir Le Skylab, film terne et ennuyeux, où une grande famille se réunit en juillet 1979 dans une grande maison bretonne à  l’occasion de l’anniversaire de la grand-mère, durant ces jours durant lesquels la première station spatiale américaine menace de se désintégrer au-dessus de l’ouest de la France. Comme ce fut le cas, à  une échelle certes bien plus catastrophique dans Melancholia de Lars Van Trier, on serait en droit d’attendre que l’éventualité funeste – qui sert de titre au film – vienne brouiller la réunion familiale. Il n’en pratiquement jamais question, seule Anna – interprétée par la réalisatrice qui s’octroie du coup le beau rôle et les meilleures répliques – exprime de temps à  autre ses craintes que la disparition en plein océan Indien de l’engin, évoquée furtivement, fait disparaître. On aurait espéré que, dans cette tribu éclectique opposant citadins et ruraux, parisiens et provinciaux, gens de droite et de gauche, partisans d’une éducation à  l’ancienne et défenseurs des libertés, l’apparition des failles donne lieu à  quelques passes d’armes, des luttes fratricides.

Si Julie Delpy est bien loin du cinéaste danois, elle se tient aussi éloignée de l’approche d’Arnaud Desplechin dans Conte de Noël. Le registre et l’ambition ne sont bien sûr pas les mêmes, mais quitte à  opter pour la comédie, la légèreté et le refus de s’appesantir, en choisissant de désamorcer très vite la moindre situation potentiellement explosive, il faudrait être drôle et aérien, et réussir à  diriger la troupe d’acteurs, adultes comme enfants, qui donne trop souvent l’impression d’être en roue libre, ayant si peu à  jouer. Même lorsque les conversations s’animent ou qu’elles s’arrêtent sur des sujets comme l’émancipation des femmes, tout paraît convenu et finit par tomber à  plat. La reconstitution roublarde des années 70 et la belle lumière des scènes d’extérieur, dans le jardin familial comme au bord de la mer, ne suffisent décidément pas à  sauver Le Skylab du naufrage. Le prologue et l’épilogue, situés de nos jours à  bord d’un train, ne trouvent aucune justification, sinon à  prouver la diminution des temps de transport. On est même triste pour la flopée des comédiens égarés dans ce projet insignifiant, au final vide et raté.

Patrick Braganti

Le Skylab
Comédie française de Julie Delpy
Sortie : 5 octobre 2011
Durée : 01h53
Avec Julie Delpy, Eric Elmosnino, Lou Alvarez, Noémie Lvovsky, Bernadette Lafont,.

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