Blood Orange – Coastal Grooves

Voilà  un petit remède pour combattre la mauvaise saison et se fortifier, et même si l’album en question date de la fin de l’été,  dernier, il n’est pas trop tard pour y goûter. Encore une relecture des eighties (c’est une épidémie, apparemment) que l’on doit à  Devonte Hynes, touche-à -tout caméléonesque remuant.

Autrefois versé dans l’underground bruyant avec Test Icicles, hier mieux identifié sous le nom de Lightspeed Champion en néo-folkeux alternatif au look criard entre Prince et Elvis Costello, l’homme a la bougeotte et accumule vite les projets.
Blood Orange, le dernier en date et selon lui plus personnel, qui recrée le minimalisme et le glamour des années 80 semble un tournant dans son parcours. En tout cas, celui qui me convainc le plus, étant resté très étranger à  ses étapes précédentes.

Disque nostalgique d’une période eighties qu’il n’a pourtant pas connue, « Coastal Grooves » est une collection de pop songs catchy, aux couleurs minimales et théâtrales, autant carrées que charnues à  la fois, l’introductive »Forget It » ou l’addictive »Sutphin Boulevard » en premier lieu, un des meilleurs singles pop du moment.

Ne pas prêter attention à  l’intitulé des références évoquées par l’intéressé, qui ont de quoi faire peur (Duran Duran, Billy Idol, Genesis!!), mais reconnaître l’efficacité et le charme de cet »indie soft smooth pop » à  l’écriture ciselée, souvent des états d’âme vus d’un point de vue féminin. Rien d’étonnant alors, car selon l’énergumène toujours, le disque est à  écouter comme le journal de bord des déconvenues d’une tapineuse ou d’une drag queen esseulée. Celle de la pochette ?

Disque-concept ou pas, l’atmosphère distillée par cette bulle musicale et le chant féminin/androgyne aux faux airs de Prince de Hynes inspire une conviction certaine, aussi glamour et maniérée que chiffonnée et abandonnée, entre minimalisme retenu et séduction très kitsch. Il est vrai qu’on croise autant les échos de la J pop des années 80 (Yellow Magic Orchestra) que ceux d’une new wave précieuse (China Crisis, Japan) aux accents funky d’une black music métissée.

Mais qu’on ait connu ou non la décennie 80 – et surtout qu’on l’aime ou pas – importe peu, tant l’aventure offerte par Blood Orange peut se rapprocher d’autres voyages entrepris il y a peu : des productions du surdoué Danger Mouse, du »Forget » stylé de Twin Shadow, des métissages temporels de Toro Y Moi ou des rêveries soft pop de Destroyer. Pas de quoi cependant réconcilier les adversaires des eighties et ceux qui trouvent la volonté de recréer la décennie 80, jusque dans ses défauts, un exercice plutôt vain.

On n’ira pas jusque là ,, l’ensemble ne manquant pas de classe (beau jeu de guitare), avec toutefois le bémol de trouver à  Blood Orange un petit côté clinique, comme un exercice de style trop maîtrisé au bout du compte.

Ensuite, à  savoir qui est vraiment Devonte Hynes ? Avouons qu’on s’en moque un peu, tant que cet album multi-facettes, moderno-passéiste, rétro-contemporain et aussi épuré que clinquant continue à  dispenser son indéniable charme aux qualités énergisantes. Un bon petit remède de saison, comme je disais.

Franck Rousselot

Blood Orange – Coastal Grooves
Label : Domino Records
Sortie : 29 août 2011

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