Franklin – Artificial Light

A priori rien de commun entre la pop, californienne, introspective de Double U et la synthé pop dansante de Franklin. Derrière les deux projets, le même homme et la même sophistification mélodique.

L’homme en question s’appelle Franck Rabeyrolles. A la tête du label Wool recording, il réalise avec Double U, un album de pop joué par des pointures du jazz, un disque tout en finesse, en émotion rentrée d’une intelligence mélodique rare. Avec Franklin, changement d’ambiance et retour à  plus d’électronique. Rabeyrolles produit et joue sa musique toujours chez lui, il chante toujours, sur la majorité des titres. Mais il ressort du placard ses synthés dans un nouveau projet ouvertement plus solaire. La lumière qui en jaillit est artificielle, intérieur oblige, mais elle n’en est pas moins éclatante.

A de rares exceptions, Artificial Light est un album de synthé-pop bricolé bourré de mélodies légères, qui permettent d’esquisser un pas de danse robotique, sous une lumière eighties (The ah ah theory). Le musicien navigue entre réminiscences du passé (avec basse résonnante new wave, des sons très Carpenter), et des paysages électroniques plus actuels (on peut penser à  l’électronica, de Fedaden ou de Principles of Geometry, pour ne s’en tenir aux Français).

Mais que l’on s’y trompe, Franck Reyberolles est toujours le roi de l’harmonie et sur The ah ah theory, morceau emblématique de l’album, un, Rhodes vient donner en retrait des accords jazz et puis, le chant ultra mélodieux amène une touche sensuelle dans un univers glacé. Il y aura sur tout le disque des idées de cet ordre sortant la musique d’une simple combinaison de poum tchak et de collage de claviers vintage.,  La petite virgule Cool to be est symptomatique de cet état d’esprit, un minimalisme technoïde sur lequel vient se poser une voix de fausset presque soul, un vrai paradoxe qui fonctionne. Autre exemple, Dark wall et sa rythmique bossa perdue dans l’immensité synthétique mais donnant un éclairage nouveau à  l’ensemble. Sur Animal TV Show,  il y a des sons percussifs, pour le côté,  tribal et un alliage synthé basse/ guitare, pour la touche funk blanc. Franklin essaye, innove, mélange et dans cette sophistication harmonique trouve sa vraie personnalité.

Sur Forest Sword,, l’électronicien, étire ces sons de, synthés, et ces programmations comme du chewing gum rendant sautillant une mélodie par ailleurs mélancolique. Avec lui, même les poum tchaks ne sont pas binaires et sont toujours triturés, détournés pour rendre les choses moins évidentes et plus bizarrement »groovy ».
Mais c’est sur Cats in the Flat qu’explose à  la figure tout le talent de Franklin. A la fois différent du reste du disque mais résumant tout Artificial Light, le morceau est un savant assemblage de mandoline, guitare électrique, mélodica, percussions, infrabasse, claviers en tout genre…le tout vous emporte dans un mouvement perpétuel à  la courbe ovoïde étonnante. Et comme dans un miroir déformant, la voix traitée participe à  la perte des repères sensorielles. Avec tout ça, le résultat est prodigieusement pop.

Avec Franck Rabeyrolles, que ce soit Franklin ou Double U, peut importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse.

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Denis Zorgniotti

Date de sortie : 31 octobre 2011
Label / Distributeur : Wool recordings / Differ-ant

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Bandcamp
Cats in the flat sur Official FM

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