Mon pire cauchemar

Anne Fontaine se revendique comme cinéaste de l’ambigüité explorant le trouble, la gêne et même la subversion qui pervertissent les rapports humains. Elle aime aussi ausculter les dérèglements des mécaniques sociales. Un cinéma qui, par ailleurs, bénéficie de toujours plus de moyens, de casting prestigieux, mais qui, paradoxalement, s’étiole au fur et à  mesure, ne réussissant qu’à  livrer des visions convenues des milieux qu’il prétend décortiquer. Mon pire cauchemar – auquel on pourra au moins accorder le mérite d’annoncer la couleur dès le titre – organise la rencontre improbable entre Agathe, une grande bourgeoise du 6ème arrondissement et Patrick, un ouvrier fort en gueule que tout oppose, milieu social comme caractère. C.’est un des moteurs les plus puissants et efficaces d’une comédie réussie que de mettre en présence deux personnages diamétralement différents que seul le hasard peut conduire à  cette collision. Mais, une fois ce postulat posé, encore faut-il le développer, sortir des poncifs et autres clichés pour, à  côté des rires (souvent gras) et des situations comiques, y saupoudrer de la férocité et de la finesse dans l’analyse et l’étude de moeurs.

Plus à  l’aise dans la description du milieu bourgeois et élitiste (celui de l’édition et de l’art contemporain), même ci état des lieux peut paraître daté, la réalisatrice de La fille de Monaco accumule de manière grotesque et invraisemblable les pires lieux communs sur l’espèce de beauf alcoolique, baiseur et roublard, qu’elle se complait d’ailleurs à  mettre en scène dans l’environnement privilégié et codifié d’Agathe. Dès lors, on voit mal – et cela n’est en effet pas visible à  l’écran – comment la faconde et le sans-gêne vulgaires et outranciers de l’un vont avoir raison de la rigidité (frigidité, ?) et de l’autoritarisme de l’autre, si ce n’est par le recours à  des artifices scénaristiques.

Le film n’offre donc aucune surprise et empile avec le rythme qui constitue son unique qualité des scènes prévisibles à  la mise en scène fainéante vers une résolution annoncée. Mais, entre-temps, il n’y a pas eu la moindre tentative de rendre compte du vacillement qui pourrait saisir Agathe l’arrogante et Patrick la grande gueule. Le basculement en paraît d’autant plus inexplicable et, par voie de conséquence, inintéressant.

Mon pire cauchemar est au final une énième comédie formatée et consensuelle que chaque spectateur regarde ravi d’être persuadé de ne faire partie d’aucun de ces mondes, pareillement stigmatisés avec une hypocrisie cynique. Ainsi Anne Fontaine se met dans la poche tout le monde. C.’était pourtant le sujet en or, : la coexistence à  l’intérieur de chacun, caché sous sa carapace, du respectable et du trivial, de l’apparence et de l’authenticité en évacuant tout manichéisme et toute caricature (y compris celle de l’interprétation), en provoquant l’ébranlement. Hélas, on en est bien loin avec ce film plutôt détestable qui laisse un mauvais goût du fait d’une démagogie indigne et d’une misanthropie rampante.

Patrick Braganti

Mon pire cauchemar
Comédie française, belge d’Anne Fontaine
Sortie : 9 novembre 2011
Durée : 01h43
Avec Isabelle Huppert, Benoît Poelvoorde, André Dussolier,…

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