Freedom, de Jonathan Franzen

Poids lourd de la rentrée littéraire 2011, le nouveau Franzen est une réussite parfois trop évidente.

Les Berglund : famille bobo du Minnesota, en apparence sans histoire, au grand désespoir de leur voisinage. Patty est-elle vraiment la femme parfaite ? Mère à  temps plein, épouse dévouée, ancienne championne de basket, toujours là  pour les autres, « Du genre à  préparer des cookies pour toutes les occasions. Trop de qualités aux yeux des autres habitants du quartier qui recherchent activement les craquelures à  la surface de ce brillant vernis. Regardez par exemple l’adoration sans borne que Patty porte à  son fils cadet, Joey. Alors que Walter, le père, tente d’inculquer à  cet enfant des valeurs morales nobles et humanistes, Joey n’a de cesse de remettre en cause l’autorité parentale pour exercer son libre arbitre. Et Patty de sourire devant l’incroyable sens de la répartie de son enfant. Cependant, le conflit avec le père se durcit et Joey quitte la maison pour s’installer chez les voisins, déclenchant ainsi, en plus d’une sévère dépression chez sa mère, l’implosion de la cellule Berglund.
A côté de la micro-épopée familiale, on découvre l’histoire d’amour de Walter et Patty, sur laquelle plane depuis leur rencontre l’ombre de Richard, à  la fois le meilleur ami de Walter et sa parfaire antithèse. Walter est responsable, raisonnable, attentif et idéaliste ; Richard est immature, volage, imprévisible et égocentrique. Les deux hommes voient en Patty des choses différentes et laissent s’exprimer chez elle des envies contradictoires. En choisissant Walter, c’est toute une part d’elle-même que Patty décide de laisser derrière elle. Pour combien de temps ?

Difficile de résumer ce roman touffu et pourtant limpide. Si l’intrigue familiale et amoureuse se veut intimiste, le contexte politique et social dans lequel elle s’inscrit ouvre des horizons bien plus larges. Enfants d’une génération qui pensait encore à  changer le monde, Patty, Walter et Richard balancent entre l’aspiration à  un idéal de réussite sociale et individuelle et un besoin de laisser une trace de leur passage sur terre. Mais que ce soit pour sauver la planète de la surpopulation, élever des enfants ou donner au monde sa musique, il faut passer par des compromis et faire bon usage de sa liberté. Tout le livre tourne autour de la question du choix et de la conséquence des actes que nous posons. Nous sommes libres, ce qui nous donne aussi le droit de nous planter dans les grandes largeurs »S.’ensuivent dès lors les remords, les erreurs, les espoirs déçus et, souvent, les larmes.

Bizarrement, rien de trop plombant (en tous cas, dans mon souvenir, moins plombant que Les corrections). Le regard de Franzen est à  la fois cynique et bienveillant. En alternant habilement les points de vue, il analyse avec une précision presque chirurgicale les aspirations banales et les névroses de la petite bourgeoisie américaine, des années 70 aux années Bush. Les pages défilent et, à  part quelques métaphores un rien lourdingues, tout est impeccablement écrit, travaillé et efficace. Mais, et c’est presque paradoxal, on se retrouve parfois comme les voisins des Berglund à  chercher la petite aspérité, quelque chose qui aurait échappé au contrôle de l’auteur.
Il n’en reste pas moins que »Freedom » est un grand roman réaliste américain qui dresse brillamment le portrait d’une génération et d’un état du monde.

Voyelle & Consonne

Freedom
Roman de Jonathan Franzen
traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Wicke
Éditions de l’Olivier, 2011
parution : août 2011

Article initialement paru sur Voyelle et Consonne

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