Chroniques Express 83

CAPTAIN QUENTIN / JEANNE ADDED / LADYLIKE DRAGONS / NLF3 / CAPTAIN MANTELL / JUJU / SONIC SATELLITE / ED WOOD JR / FAUSTINE SEILMAN & THE HEALTHY BOY / UNIFORM MOTION / LUFDBF

 

CAPTAIN QUENTIN – Instrumental Jet Set

S’il y a un adjectif qui peut bien aller à  Captain Quentin, c’est bien celui de »débridé ». Originaires de Reggio Calabria, les Italiens font dans le math rock avec changement permanent de structure. Mais là  où généralement les »matheux » ne sont qu’une version abâtardie et plus technique de noise rock, Captain Quentin ouvre en grand les portes de sa musique. ça part effectivement dans tous les sens : dans Instrumental Jet Set, on peut donc trouver, des similitudes avec le, jazz rock ou, la musique progressive, on y décèle aussi, des éléments non négligeables de rythmique africaine. Le tout est unifié par des synthés rutilants se taillant une part belle derrière les guitares. Avec tout ça, dur d’y retrouver son latin et de ne pas frôler l’indigestion (d’autant plus que le groupe ne nous laisse pas de répit). Le groupe s’en sort plutôt bien, ne devenant franchement lourd que sur Sciocchezza Mon Amour et son interminable solo à  la Gary Moore (sic). Au contraire, Captain Quentin peut même être plus direct et efficace sur un Le Case Avanti rentre-dedans et même faire, preuve d’une certaine finesse quand derrière la fièvre et la maîtrise commence à  pointer une certaine harmonie plus légère, (mai stati sulla luna). (3.0) Denis Zorgniotti
From Scratch / Octobre 2011


JEANNE ADDED – EP

Jeanne Added est appelée à  aller loin. Très loin. Repérée par The D0 qui en fait sa première partie pour sa tournée d’automne, la jeune femme est à  la base une artiste jazz. Cela , l’empêche pas d’être la bassiste du groupe post-grunge Linnake. Jeanne Added aime les grands écarts et transforme en or ce qu’elle touche. Son talent éclate vraiment sur ce premier EP qui débute sur , liebe, un titre en allemand pour basse, voix et nappe monochrome. Dans ce format minimaliste, la jeune femme irradie pourtant. Jeanne Added peut faire penser à  une Feist plus , jazz , et plus minimale (Drinking), à  une Elizabeth Frazer qui aurait troqué, son voile, dream pop pour un nouveau mysticisme synthétique (The Ballad of Camden town, I carry your heart). Sur un Little Red Corvette, plus pop avec son gimmick léger de guitare, elle fait toujours des merveilles. , Impressionnant. (4.5) Denis Zorgniotti
Carton records / Octobre 2011


LADYLIKE DRAGONS – Turn them into Gold

Une chanteuse à  la voix bouillonnante, une production béton et carrée, des guitares qui envoient, un rock énergique…On devrait se réjouir à  l’écoute de ce deuxième album de Ladylike Dragons et pourtant, on reste un peu sur le bas-côté. La faute à  des morceaux pour le moins convenus, sans une once d’originalité et une vision passéiste de la musique. Le groupe Francilien a rencontré Izia Higelin qui a décidé de les prendre sous son aîle et de lui »prêter » son guitariste pour produire le disque. Bon choix technique, artistiquement moins convaincant, Izia n’étant pas un modèle de modernité et d’originalité. Ladylike Dragons abuse donc de soli de guitares comme on n’en fait plus depuis 1975. Le groupe arrive à  créer des anachronismes comme celui de se réclamer du rock garage tout en sonnant très mainstream (Love and so on), comme celui de vouloir du PJ Harvey mais alourdie par tous les tics du rock des années 70 (Ladylike Dragons abuse donc de soli de guitares comme on n’en fait plus depuis 1975). Et puis la voix en perpétuel envoi, atout majeur du groupe, finit même par lasser. Un comble., Pas d’or pour l’instant mais plutôt de la fonte. (2.0) Denis Zorgniotti
Chrysalis music France / L’Autre Distribution


NLF3 – Beast me (EP)

Bien malheureux celui qui devra donner une étiquette à  la musique de NLF3, entité en roue libre tenue par les frères Laureau. Avec ce nouvel EP tiré à  500 exemplaires, (un vinyle avec coupon de téléchargement à  l’intérieur), le trio ajoute une nouvelle pièce à  sa discographie… exemplaire. Il y a bien longtemps que ces amateurs de noise ont dépassé les contours de leur genre initial pour entrer dans une musique plus globale nourrie d’expérimentations électroniques et d’ambiances cinématiques (NLF3 avoue une passion pour Henri Mancini et cela se confirme sur The Unseen). Rien de nouveau avec ce nouvel EP sauf que la musique en soi du trio qu’on appellera paresseusement »post-rock » est toujours aussi nouvelle, exigeante et passionnante. Rien que ça. En plus, ces intellos de la musique marchent surtout à  l’instinct, comme une un fauve à  l’affût dans la savane. Et quand ils attaquent, ça fait mal…(4.0) Denis Zorgniotti
Prohibited record / Differ-ant / Novembre 2011


CAPTAIN MANTELL – Ground Lift

La vie est bien faîte et Tommaso Mantelli est homonyme de Thomas Mantell, premier pilote mort alors qu’il poursuivait un OVNI. Cela tombe bien Captain Mantell, , projet musical dirigé par , Tommaso, fait dans l’imagerie SF et aime par dessus tout les gros synthés futuristes. Dans ces années 80 , re-visités, le trio italien rappelle l’efficacité de Zoot Woman et de Robocop Kraus ; la version proposée par Captain Mantell est, elle, plus musclée avec basse volontaire, beat qui martèle et synthés tonitruants qui envoient ; , comme une lente progression de la new wave à  la new rave. Les Italiens cultivent aussi leur petit côté punk, ce qui ne peut qu’épicer , un résultat qui aurait pu devenir un peu lisse. La production est »hénaurme » mais elle n’occulte pas l’essentiel : les mélodies sont fédératrices et malgré quelques refrains faciles, témoignent d’un savoir-faire harmonique indéniable (Just for us, Yesterday). Mieux que Klaxons, pourrait dire la publicité. Anglais, on en ferait des gorges chaudes ; italien, Captain Mantell risque de finir dans la case des bons groupes à  potentiel commercial évident mais ignoré de tous. (3.5) Denis Zorgniotti
Irma Records / Novembre 2011


JUJU (Justin Adams / Juldeh Camara), – In Transe

Moins médiatisé dans le landerneau rock que la rencontre (ratée) entre Metallica et Lou Reed, voici Juju, soit la collaboration hors normes de Justin Adams et Juldeh Camara. Ces deux là  doivent s’aimer puisqu’ils en sont déjà  à  leur troisième album et par un virage sémantique, leurs deux patronymes séparés jusqu’alors se fondent désormais dans un même nom amalgamant leur syllabe commune. Passée la surprise de découvrir ce projet (ce qui est mon cas), on se dit que l’ex guitariste de Robert Plant et le griot gambien étaient faits pour se rencontrer. Déjà  car Justin a vécu en Egypte – il a donc baigné dans ces ambiances de transe éthnique – et qu’il a aussi collaboré avec Jah Wobble, autre amateur de métissage nord/sud. Mais surtout, car on peut trouver des similitudes d’énergie entre le rock blanc et la musique africaine. La guitare lourde de Justin donne une assise et du poids à  une world, en permanente envolée, suivant les arabesques du fil, de la vièle, africaine du Gambien. Juldeh défie la gravité et Justin lui permet,  de réaliser ce miracle en se mettant souvent en retrait. Les percussions font le reste et nous mènent dans la fameuse transe annoncée dans le titre. Nos oreilles occidentales pourront trouver le résultat un peu répétif , à  la longue. Il n’empêche Realworld,, le label de Peter Gabriel faut-il le répéter,, réussi un nouveau mariage musical brillant et énergisant. On en mouille sa chemise., (3.0) Denis Zorgniotti
Real World / Septembre 2011


SONIC , SATELLITE – EP

Ce premier EP de Sonic Satellite est une petite surprise, non pas sur la musique elle même mais sur son ressenti. En 5 titres proposés par le groupe, on a un peu impression d’avoir entendu tout ça ailleurs. Et pourtant, et pourtant, l’auditeur anglophile ne sera pas insensible à  la musique des Français. Cet , EP renvoie aux grandes heures pop des Smiths, de New Order, de Cure ou de House of Love (Family, leur Christine à  eux). , Emmené par Pierre Dubost, bassiste pour Tarmac, et Guillaume Fresneau de Dahlia, Sonic Satellite connaît parfaitement son abécédaire et, sans caricaturer aucun de ses groupes fétiches, arrive à  en restituer la substantifique moelle. Le disque est mixé par Mark Rankin (Bloc Party, Florence and the Machine) pour un peu plus de mordant, nouvelle preuve d’un professionnalisme dans le domaine qui n’est pourtant pas chiant. Sonic Satellite aime ça : faire de bons titres indie pop catchy comme disent les Anglais. (3.0) Denis Zorgniotti
La Folie Records / Novembre 2011


ED WOOD JR – Silence

Vous ne le saviez peut-être pas mais Ed Wood a eu deux rejetons et ceux-ci vivent à  Lille. Un a appris la batterie et l’autre la guitare et ensemble, ils se font appeler Ed Wood Jr. Comme leur père, ils ne sont pas contre mettre un peu de mauvais goût dans leur musique : ici pas de soucoupes volantes en, carton ni de loup-garous en moumoutte mais quelques plans métal bien gras. On leur pardonne, il faut y, voir là  le délire de l’artiste. Mais à  la différence d’Ed Wood, le plus mauvais réalisateur, Ed Wood Jr maîtrise son art, celui de la rythmique syncopée, de la structure math-rock et de la guitare noise. La technicité des deux, qui pourrait devenir emmerdante à  la longue, est compensée par une ouverture un peu foutraque qui leur fait mettre des claviers là  où ne les attendaient pas (Minitel). Entre Don Caballero, Battles, et Killing Joke, Ed Wood Jr, arrive même à  faire naître des émotions au milieu du chaos dans de,  moments chantés à  la beauté déchirante, (Walkwoman, Oktobre). Dans un genre plus post-rock, l’énergique It in Yt fait aussi son petit effet. Ed Wood doit se retourner dans sa tombe, ses enfants ont du talent !, (3.0) Denis Zorgniotti
Swarm records / A Tant Rêver du Roi / CD1D / Believe / Octobre 2011


FAUSTINE SEILMAN & THE HEALTHY BOY – The Long life’s Journey

Deux des artistes Nantais (Français !) les plus intéressants du moment dans un disque commun, cela donne deux bonnes raisons de craquer pour un vinyle limité à  300 exemplaires (la qualité n’est pas toujours à  la portée de tous). La romantique Faustine Seilman et son, piano, et le ténébreux The Healthy Boy et sa guitare acoustique, c’est un peu la rencontre de Kate Bush et de Nick Cave. Cela donne un disque,  au charme bucolique : un peu comme regarder par la fenêtre la verte campagne alors que l’on est tranquillement au chaud à  l’intérieur. On sent le bois, la chaleur du feu, la nuit qui tombe tranquillement, dans un album universel. L’émotion est mésurée mais on sent derrière deux âmes qui vibrent. Entre la quiétude du, folk britannique, et , les remous,  lointains de l’Est (the long life’s journey, you’re gone again), un beau disque à  écouter, le soir., Sobre et élégant., (4.0) Denis Zorgniotti
Arbouse recordings / Septembre 2011

UNIFORM MOTION – One Frame Per Second

En écoutant Uniform Motion, il est possible de penser que la musique est un art facile : une bonne voix (charismatique et sensible), une jolie mélodie, des arrangements ciselés et hop le tour est joué. Avec One frame per second, on a, non pas une image, mais un coup de coeur par seconde., Ou presque. Emmené par son chanteur-guitariste anglais, le trio parisien a sorti, deux albums avant celui-ci ; le temps nécessaire pour, arriver à  ce résultat, , une indie-folk empreinte de pureté et de sérénité où les quelques ajouts supplémentaires ne viennent que conforter le charme boisé et la beauté naturelle des harmonies., Avec, ses sonorités de, violoncelle, de clarinette, de flute ou comme simple piano, le clavier joue ce rôle avec subtilité et fait que notre coeur défaille encore plus (la perle du disque We’re hauling land through the air, le single pop Our Hearts…). Et même quand le groupe s’emplit d’une nouvelle force plus rock, il reste toujours fin et mélodiquement irréprochable (I will put my life on Tape)., Avec Minors, peut-être mon autre autoproduit de 2011. (4.0) Denis Zorgniotti
Autoproduit / Novembre 2011

LUFDBF – Deux

Pour Lufdbf, après un premier album appelé, One (sortie en février), voici le deuxième prénommé …Deux. Voici la seule chose simple que l’on pourra trouver, chez ce duo de Besançon. On a tendance à  mettre le mot »univers » à  toutes les sauces mais là , il n’est pas, galvaudé : avec,  son nom imprononçable, Lufdbf a un vrai univers. Composite, troublant, personnel. Deux est un album bavard formé autour des textes poétiques récités d’une voix grave par Fred Delbief,, un monologue,  surréaliste, aux lames, aiguisées et parfois explicitement, sexuel (Noueux). Mais Deux est un album éminemment musical qui trace un sillon entre rock, électro, hip hop et plus,  encore si affinités : , là  samples cinématiques, là  touches tropicalistes (Aurore), là  accords et piano jazz (Demain). Il serait faux de parler de métissage, car avec Lufdbf, tous les genres musicaux s’amalgament pour créer une nouvelle matière : on pourrait parler de »fusion » si le terme n’était pas déjà  utilisé ailleurs. Gainsbourg-ien dans l’âme pouvant réconcilier les deux Serge (celui de Melody Nelson et celui de Love on the Beat), Lufdbf peut évoquer,  Kat Onoma – d’autant plus que, Fred Delbief a une voix proche de celle de Rodolphe Burger – ou Encre ; tous ces artistes ayant en commun d’explorer de nouvelles voies fortes en goût, puissantes et, faisant fi des genres et des moyens (machines ou instruments, peu importe). Intellectuel et viscéral. (3.5) Denis Zorgniotti
Acid Cobra records / CD1D / Octobre 2011

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