Une vie meilleure – Cédric Kahn

Lorsque Yann, accompagné de sa récente petite amie Nadia et de Slimane, le fils de cette dernière, découvre par hasard un grand chalet en piteux état au milieu des bois, il voit là  la chance de sa vie : quitter son boulot de cuisinier dans une cantine pour ouvrir son propre restaurant et travailler pour lui. Si le titre du nouveau film de Cédric Kahn annonce Une vie meilleure, la suite des événements va hélas cruellement démentir les perspectives alléchantes. Partie tenter sa chance au Canada, Nadia confie la garde de Slimane à  Yann qui, couvert de dettes et dans l’incapacité d’ouvrir son restaurant, devient la proie des créanciers et autres marchands de sommeil.

Une vie meilleure est un film bancal aux multiples bifurcations qui sèment le doute sur les réelles intentions de son auteur. l’installation des personnages et de la situation, qui procède par séquences brèves et elliptiques, laisse d’abord penser que c’est la dimension sociale sous fond de crise économique, de précarité et de rapacité des banquiers et des †˜vautours’ qui guettent tapis dans l’ombre la chute annoncée du naîf entrepreneur qui intéresse le réalisateur de l’Ennui. Mais le départ de Nadia outre-Atlantique, s’il imprime un ralentissement dans le rythme et opte pour un traitement tournant le dos à  l’ellipse et à  la suggestion, déporte aussi le film vers la relation Yann-Slimane, le premier père et éducateur de substitution pour le second, perturbé par la fuite de sa mère. Ensuite, les problèmes matériels de Yann reviennent par la fenêtre avec l’entrée en jeu d’un marchand de sommeil conduisant dès lors le film vers l’action, presque le thriller, avec ses poursuites, ses magouilles et l’évasion vers Montréal, pour aboutir à  une dernière demi-heure franchement sentimentale et étirée, qui abandonne du coup la thématique originelle.

Au final, difficile de démêler l’écheveau et de faire le partage dans ce film patchwork qui, pour le dire de manière plus crue, donne l’impression de bouffer à  tous les râteliers en déployant la panoplie de tous les avatars possibles d’une affaire mal engagée dès le début. Une telle naîveté pour sympathique et attachante qu’elle soit ne peut cependant pas cautionner un comportement enfantin et irréfléchi et, du coup, place le spectateur dans une situation inconfortable quand Yann admoneste le jeune garçon pour un vol de chaussures de sport, alors que lui-même auparavant n’a guère eu de scrupules à  truander les travaux de rénovation de sa future affaire.
La vision enjolivée et parcellaire de la précarité et des dommages provoqués par la crise sur une population fragile, ne possédant pas à  l’évidence les moyens de mener à  bien un projet hors de portée, donne ici naissance à  une oeuvre gentillette, à  la sentimentalité croissante, mais qui à  force d’emprunter de nouvelles pistes, n’autorise pas l’approfondissement et, par conséquent, la pleine adhésion du spectateur.

Patrick Braganti

Une vie meilleure
Drame français, canadien de Cédric Kahn
Sortie : 4 janvier 2012
Durée : 01h50
Avec Guillaume Canet, Leila Bekhti, Slimane Khattabi,…

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