Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom, de James Frey

« Dans ce livre, j’essaye d’imaginer l’histoire telle qu’elle serait si le messie ou Jesus-Christ, était toujours vivant et vivait à  New York en plein XXIème siècle ? à  quoi est-ce qu’il ressemblerait, en quoi est ce qu’il croirait, comment est-ce qu’il vivrait ? » On ne pourra pas dire de James Frey qu’il a cherché la facilité : l’écrivain déclencha déjà  la polémique à  la sortie de son premier livre Mille Morceaux, récit des déboires de l’addiction d’un drogué qu’on prit pour un document alors que c’était en fait »une fiction.

Ici, jamais avare de nouveaux défis (ou recherchant la controverse dans un pays si tatillon sur la religion?), l’américain prend à  bras le corps le retour du sentiment religieux en racontant rien moins que le retour du Messie dans l’Amérique actuelle. Pour une épopée intime et collective affrontant de plein fouet la déliquescence et le désenchantement de notre époque, mais traitée avec une absence totale de cynisme.

Certes, son nouveau fils de Dieu est foncièrement hors cadre, chien fou rescapé surnaturellement de la mort et nouveau messie deviné dès son enfance aux pouvoirs miraculeux. Mais ennemi des églises instituées, raillant les récits bibliques et les dogmes religieux, ce nouveau hippie anticonformiste professe surtout les vertus de l’amour libre et de la jouissance, loin des crispations d’une société sclérosée par la peur et des mensonges fondamentaux de tous les gouvernements.

Déroutant programme à  la simplicité martelée tout du long de ce livre ambitieux, Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom, mélange de lucidité et de naîveté, inextricablement mêlées, séduit autant qu’il peut aussi faire sourire. La compassion réelle de James Frey envers tous les réprouvés (marginaux, prostituées, immigrés, homosexuels) et son rejet des méfaits d’une, société déliquescente s’exprime ainsi avec une violence d’évocation, digne de l’hyperréalisme sans fard de, Hubert Selby ou de William T.Volmann. Le tout sous la forme d’une construction littéraire, accomplie, polyphonie des voix multiples des »compagnons » (soeur, flic, avocat, amante) ayant croisé le chemin de Ben, une structure qui renvoie aux meilleures pages fraternelles de Colum McCann.

Mais peut aussi lasser quand l’auteur répète tout le long de son livre, son message de paix et d’amour en martelant que »l’amour et la jouissance seuls pourraient nous sauver » comme un mantra hippie, de base rabâché jusqu’à  l’obsession.

Pour autant, malgré sa propension à  souvent enfoncer des portes ouvertes alors qu’elles sont connues de tous (oui, James, on sait que les politiques mentent, que le monde va mal et court à  sa perte), c’est paradoxalement cette ferveur enfantine, ce besoin de crier le positif et de brandir les quelques valeurs qui nous font encore dire »humains » qui restent, ainsi qu’une persistante impression d’étrange, sérénité et de vraie tristesse qui prédomine après la lecture de ses trois-cent quatre-vingt pages, assez hantées.

Impression qui fait soudain sens, quand au détour d’une interview, on apprend que James Frey a écrit ce roman aussi prompt à  l’espérance que rempli de colères, après la perte de son fils malade : ainsi comme un enfant chantonnant dans le noir pour se donner du courage, ce gaillard faussement arrogant semble se rassurer, en chantant les louanges de l’amour et de la bonté.

Il est des messages, mêmes évidents, qu’il est parfois, doux à  entendre et, peut-être, à  appliquer. Ouvrez donc ce Dernier Testament« 

Franck Rousselot

Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom, de James Frey
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Marny
Éditions Robert Laffont, 382 pages, 23 euros
Paru le 24 août 2011

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