Habibi, de Craig Thompson

« Habibi » la dernière oeuvre de Craig Thompson confirme inéluctablement la sensibilité et le pouvoir narratif de son auteur. Dans »Blankets » – récemment élu par le Times l’un des 100 meilleurs romans jamais écrit – Thompson nous gâtait en quelques 600 pages d’un portrait autobiographique honnête et délicat dont la véritable charpente narrative avait de quoi rendre fier le neuvième art. Il y était question de son enfance, de sa relation conflictuelle avec ses parents et de son premier amour, Raina. Thompson dessinait alors le roman décisif de sa carrière.

Alors que »Blankets » évoquait en partie le fanatisme catholique des parents de Thompson, avec, « Habibi » on découvre ce même auteur cette fois penché sur l’Islam et le Coran. On pourrait presque croire à  de la provocation, si ce n’est pour la subtilité de son propos, et son respect, son admiration, même, envers les lettres, les mots, les histoires du Coran.

Craig Thompson invite tout à  fait subtilement à  dresser des parallèles entre les histoires de l’Islam et celles de la Bible. Par la poésie intrinsèque à  son oeuvre – conviée d’une part par une véritable célébration de la beauté de la calligraphie orientale et d’autre part au travers des choix illustratifs des scènes du Coran – le lecteur se retrouve facilement séduit par l’histoire de Dodola et Zam, habilement mise en parallèle avec les contes du Coran. C’est l’histoire d’un amour fraternel entre Dodola, jeune esclave fugitive, qui embarque Zam, encore alors bébé, dans sa fugue. Dodola, éduquée et familiarisée au Coran grâce à  un premier mari à  qui elle avait été vendue, éduque à  son tour Zam en lui contant les histoires du texte sacré. Lorsque la vie sépare les deux protagonistes, ce sont les histoires qu’ils ont échangés qui les font tenir jusqu’à  ce qu’ils puissent se retrouver de nouveau.

 » Habibi « est tout simplement hanté par la notion de contes et de narration. Thompson choisit un contexte culturel où la calligraphie même devient presque personnage pour nous narrer une histoire où la puissance de la narration est première. Il s’agit de saisir le pouvoir des mots, des textes, des histoires, qui ont construit la religion et par là  même notre façon de voir le monde, tout comme ils continuent à  façonner l’être au quotidien.

« Habibi » n’est en aucun cas une célébration d’une religion à  l’instar d’une autre, et n’entend certainement pas politiser le propos. Il est encore moins question de critique. A l’image du Coran, qui regorge d’histoires dépeintes d’une manière qui frappe Thompson par sa beauté, »Habibi » est avant tout un bien beau conte, parfois poignant et bouleversant, auquel la culture orientale ajoute un véritable poids et propos.

Fabrice Blanchefort

Habibi
scénario & dessin : Craig Thompson
Editeur : Casterman/Ecritures
670 pages – 24,95€¬
Parution : Octobre 2011

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