Matt Elliott – The Broken Man

Quelle trajectoire !, Entre Third Eye Foundation et ce Broken man, Matt Elliott est allé progressivement  vers de plus en plus de dépouillement, d’authenticité,  de vérité et in fine d’émotion. Cassé peut-être, mais vivant. Et, nous heureux !, 

En décidant de se produire,  sous son propre nom, l’Anglais avait déjà  franchi une étape. Oubliant le masque de Third Eye Fondation, délaissant la musique électronique, Matt Elliott avait pratiqué un sacré virage vers d’autres territoires obscurs de sa personnalité. Cela donna une trilogie, Drinking songs (2005), Failing songs (2006) et Howling songs (2008), trois disques de folk crépusculaire où l’Anglais s’inventait de nouvelles racines : en effet ces trois oeuvres étaient traversées, hantées par une âme slave entre mélancolie mordorée et énergie du désespoir. Réussissant sa mue, , Matt Elliott était devenu l’égal d’un Tindersticks  de l’Est.

Avec The Broken Man (début d’une nouvelle trilogie ?), l’Anglais continue sa mise à  nu, une entreprise de dépouillement doublée d’un sentiment de lâcher prise. L’album va en surprendre plus d’un et ce, dès Oh how we fell, le titre en ouverture et sa guitare flamenca qui prend le temps de s’installer. Attention Matt Elliott ne fait pas dans le folklorique , touristique (après l’Est, le Sud…) ; on sent rapidement que ce titre, comme tout le reste de l’album, obéit à  une nécessité presque physique d’épancher son art musical dans d’autres expériences. Un des grands moments du disque voit d’ailleurs l’apparition de Katia Labèque (que l’on croyait indissociable de sa soeur) sur le long, f Anyone Tells Me »It’s Bette To Have Love And Lost Than To Never Have Loved At All » I Will Stab Them. Matt Elliott laisse le champ libre à  la pianiste pour une improvisation virtuose. L’Anglais entre ainsi dans le monde de la musique classique. On peut penser à  du Bartok, compositeur génial et novateur utilisant le folklore de l’Est comme meilleure source de sa musique. Comme Matt Elliott en somme.

Matt Elliott est un naturaliste, un songwriter sans artifice ; en témoigne la prise de son et quelques bruits de cloche nous feraient presque croire que l’enregistrement a eu lieu en extérieur. Dans ce disque mixé par Yann Tiersen, La voix reprend toute son importance, Elliott prenant la densité d’un Leonard Cohen. Ainsi arrangée, la voix de l’Anglais n’a jamais paru aussi belle et poignante. Dès lors, au delà  de la performance d’un Labèque, de la surprise d’une guitare flamenca (qui revient d’ailleurs sur le dernier The Pain That’s Yet Come associé à  des choeurs de douleur et une guitare électrique psychée), au delà  de tous ces morceaux de bravoure, la grande force du disque réside en ces seuls ingrédient naturels : une voix profonde, une mélodie touchante exécutée avec finesse.

Le meilleur morceau du titre est d’ailleurs Dust Flesh and Bones à  la simplicité cardinale, même si à  la fin avant que le vent n’emporte la mélodie au milieu des cordes et des choeurs pour une émotion dramatique digne d’Ennio Morricone. Matt Elliott ne se refait pas et reste toujours un alchimiste du son et The Broken Man est bel et bien fait d’or.

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Denis Zorgniotti

Date de sortie : 16 janvier 2012
Label / Distributeur : Ici d’Ailleurs / Differ-ant

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