Live Footage – plays Jay Dee

L’album de reprises est un exercice en soi, souvent casse-gueule, régulièrement anecdotique voire inutile. Alors quid du duo electro-acoustique Live Footage pour des reprises de Jay Dee ?

Autant l’avouer, si vous pensiez au regard du nom de l’album n’avoir affaire qu’ à  des reprises de Jay Dee connu aussi comme J.Dilla, vous faîtes (en partie) erreur ; Live Footage reprend aussi Brand New Heavies, The Pharcyde, De la Soul, Erykah Badu et Janet Jackson…pour des titres écrits et/ou produits par Jay Dee. En 8 petits titres, le duo rend ici un vrai hommage à  l’artiste américain disparu en 2006. Et puisqu’on en est à  l’heure des aveux, je dois dire que je maîtrise mal – ou pas d’ailleurs – le sujet choisi par Live Footage : je connais nettement mieux Jay Dee par le nom que la musique ne versant guère dans le hip hop américain au sens large. Ceci étant dit, ce constat peut s’avérer intéressant : je découvre les reprises de Live Footage avant de connaître les originaux (je suis quand même allé écouter ensuite, conscience professionnelle oblige) avec in fine, cette question, celle que l’on peut se poser pour tous les albums de reprises d’ailleurs, ce disque de Live Footage peut-il s’apprécier indépendamment des versions originales ? L’intérêt du disque réside-t-il strictement dans la relecture proposée par le duo ? Les deux questions ne sont pas d’ailleurs antinomiques.

Avec Live Footage, on sait d’emblée que le duo de Brooklyn ne pourra faire de copier-coller. Déjà  pour la raison simple que le duo de Brooklyn n’a pas de chanteur et s’épanouit seulement dans la musique instrumentale. On avait découvert la paire Mike Thies et Topu Lyo sur Willow Be, un coup de maître entre post-rock et musique électro-acoustique, là  encore assez éloigné du rap de Jay Dee, du R’N B de Janet Jackson, de l’acid jazz de Brand New Heavies ou du hip hop soul de De La Soul. Plus que des reprises, ce sont là  des transcriptions. Un exemple, Sur Light Works Live Footage imagine une linéarité mélodique au morceau-collage initial fait seulement de samples et de break beat.

A l’écoute de Plays Jay Dee et sur la longueur, on remarque tout de suite que Live Footage ramène la musique de Jay Dee vers le jazz, influence première de toute musique black y compris le rap. La batterie et le violoncelle, utilisé sans archet, donne évidemment cette touche jazzy mais pas seulement : cela se vérifie dans les accords et dans la rythmique. Il y avait déjà  cela sur quelques titres de Willow Be, mais là , le côté jazz semble quelque peu accentué, sujet d’étude oblige. Le duo incorpore désormais des éléments de dubstep et se rapproche largement de, DJ Shadow récupérant des éléments de hip hop et plus largement de black music pour en faire sa propre musique électronique. Sauf qu’avec Live Footage, il n’y a aucun sample.

Car cet étonnant duo reste quand même fidèle à  lui-même dans cette dualité électro-acoustique, avec Topu Lyo au violoncelle et aux boucles électroniques et Mike Thies à  la batterie et aux claviers. La musique des New Yorkais n’est pas sans évoquer notre Chapelier Fou ;, le violoncelle remplaçant le violon du Lorrain mais jouant un rôle similaire, celui d’être l’instrument lead dépositaire de la mélodie et de la ligne de chant. C’est souvent mélancolique (le duo fait ressortir cet aspect du tube de Janet Jackson Got Till it’s high), parfois enfantin (Think Twice). Autre persistance du duo même si elle est moins marquée : un côté rock quand même, quand le fender rhodes saturé empêche la musique de couler de source et la sort de son côté lounge (Runnin’, de, Pharcyde)., A moins que ce ne soient les fans de Squarepusher qui parlent. Et puis quand le rythme s’emballe, Live Footage se lance dans une énergie live à  l’intensité égale à  un groupe à  guitares (Stakes is High, reprise de De La Soul).

Alors bilan et perspective ? Là  où Willow Be était quasi parfait, Plays Jay Dee l’est moins. En dépit de tout ce qui a été dit, un ou deux titres se révèlent quand même un peu propret, un peu trop lounge justement (So far to go). A moins que Live Footage, ne nous ait trop bien habitué, à  moins que Wires Under Tension sur un dispositif similaire ait abouti à  un résultat plus fort et plus puissant. , Il n’empêche, cet album de Live Footage est bien le genre d’album-passerelle qui pourra amener les fans de hip hop et de musique black à  écouter un album  à  l’électronique organique. Et aux partisans d’électronica indé, post-rockisant de tout poil de se pencher sur la musique de Jay Dee, d’en trier sans doute le bon grain de l’ivraie et d’en apprécier largement les sources de satisfaction. Un peu comme DJ Shadow en son temps, Live Footage peut jouer le rôle de rassembleur.

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Denis Zorgniotti

Date de sortie : 6 février 2012
Label : Autoprod

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