Polder – White out

White Out se nourrit de la double direction choisie par Polder, indie folk et approche contemporaine. Un premier album qui dessine de jolis paysages où les lignes pures sont mises à  mal par quelques pics accidentés. Subtil.

La bio peut nous aiguiller : d’un côté,, This Tree Won’t Bear Fruit 3 Years, un premier EP bien accueilli à  sa sortie de la part d’un groupe se réclamant de Yo La Tengo ;, de l’autre une création pour un spectacle pluridisciplinaire 31 fragments d’un paysage ferroviaire. Aujourd’hui avec White Out, le groupe semble pouvoir combiner les deux directions. Pourtant, on aurait tort de croire que ces nouveaux titres résulteraient de la simple réunion, pacifique et naturellement harmonieuse, de deux couleurs pour en créer une troisième. Polder fait plutôt dans le précipité, dans la cohabitation de deux manières d’envisager la musique, deux conceptions que tout devraient opposer.

A l’origine des morceaux, il y a bien un songwriter, guitare à  la main, classique dans son écriture ; si tant est que Kurt Wagner de Lambchop ou David Eugene Edwards de Sixteen Horsepower sont classiques dans leur manière de composer de la musique. Associé à  Pascal Lapeyre et Paul Magne, une basse et une batterie de l’ombre qui tiennent la baraque sans tapage aucun, Thomas Seron distille une pop-folk intimiste toute en nuances et en atmosphères. Depuis son premier EP, le groupe a perdu sa deuxième voix féminine mais la retrouve épisodiquement en la personne de Delphine Sartore pour une association vocale rappelant L’Altra (l’impressionniste Neil a la beauté aveuglante d’un lever d’un soleil)., Si Polder en restait là , tout serait évident dans des teintes pastel naturalistes (Swim) et on en serait déjà  ravis. Mais le groupe choisit de bousculer quelque peu cet univers de bon goût indie folk. On pourrait citer en premier lieu, Feeler, le morceau le plus rock de disque. Mais finalement, ses accents très (trop ?) Sonic Youth en réduisent la portée.

Finalement, le procédé est tout autre. Seron et Polder semblent fonctionner comme Hood – dans un autre style , – laissant toute liberté à  des rappeurs d’Anticon de retravailler les titres existants et d’apporter, même subtilement, leur propre pierre à  l’édifice. Je ne sais pas si cela s’est passé ainsi chez Polder mais toujours est-il que Matthieu Lebrun, 4e membre du groupe, emmène son saxophone free et avec lui, c’est Ornette Coleman qui s’invite. Ce mariage rappelle le travail de Gypsophile, groupe – et ce n’est pas un hasard – pour lequel Thomas Seron a collaboré. A l’instar de Hood, la confrontation est néanmoins subtile et ressemble plus à  une légère translation d’un monde d’évidence et de douces harmonies vers des horizons troubles, dissonants, et frémissants (Movement, tremble, Moon). Bird rappelle l’oublié The The pour une virée entre campagne verdoyante et bas-fonds new-yorkais, entre pop bucolique et jazz underground. En fin de disque, le saxophone s’harmonise un peu, la guitare dessine des frises apaisantes. La nuit peut tomber, elle sera belle.

 

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Denis Zorgniotti

Date de sortie : 21 mai 2012
Label / Distributeur : Les Disques Normal / Believe

 

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