Wild Nothing – Nocturne

Voilà  un groupe qui porte mal son nom, mais dont la musique sonne toujours juste.,  « Sauvages » pas vraiment, encore moins des « riens du tout » les Wild Nothing n’ont pas l’ambition de mettre le feu à  la maison pop, rayon indie music. Le projet musical drivé par, Jack Tatum serait même plutôt de ceux qui parcourent ouvertement les petites allées (à  l’époque) de la pop anglaise des eigthies et du shoegaze.

Un territoire reparcouru avec une, franche honnêteté depuis leurs débuts avec Gemini en, 2010, on ne pourra donc pas, taxer les américains de suivre une mode passagère ou de s’engouffrer dans un revival sur-représenté ces dernières années. Loin d’être des copistes sans âme du son rêveur qui illumina l’indie pop de tant de classiques (Smiths, Pastels, Feelies) ou celle du label Sarah Records, les jeunes stars du label Captured Tracks recréent avec la ferveur d’artisans, respectueux la grâce adolescente d’une éternelle pop aussi timide et, brumeuse, que radieuse.

Et j’oserai même dire, à  l’inverse de certains aficionados du groupe qui regrettent la fraîcheur de Gemini qui se serait perdue, que Tatum et les siens ont eu l’intelligence de renouveler leur approche sonore, évitant de reconduire à  l’identique la formule de leur galop d’essai,, un travers qui gâte souvent la carrière de nombreux groupes.

Moins lo-fi, le son peaufiné avec le producteur Nicolas Vernhes met à  jour caractère plus trempé et rythmiques plus prononcées tout en préservant le caractère onirique de, leurs onze chansons. Sans doute moins ingénus mais plus directs, les Wild Nothing n’abandonnent pas leur goût pour les arpèges de guitares ligne claire façon Smiths (Only Heather, Midnight Song), mais assument aussi leur penchant New Order, mariage de mélancolie pâle et beats marqués.

Les cinq minutes de Paradise sont d’ailleurs emblématiques, : tempo dansant, guitare funky tricoteuse, nappes planantes. Rêveur et, dansant,, catchy et libre, un titre plus proche des voyages sonores des inventifs Toro Y Moi ou Blood Orange que du revival sans idées pratiqué par les paresseux Pains Of Being Pure At Heart (par exemple).

Ajouté aux obsessions de Tatum pour la new wave, dark de 4AD, ce tournant plus saillant à  l’oeuvre sur le dernier tiers de l’album témoigne surtout des champs de possibilité futurs offerts au groupe. Nocturne n’invente évidemment rien mais constitue avec le Strange Weekend de Porcelain Raft la plus convaincante carte postale indie shoegaze entendue cette année.

On signalera surtout le point fort du quintet, qui s’il a soigné son et arrangements, n’en a pas,  oublié la base de toute bonne pop, : les mélodies. Radieuses et déjà  comme familières (Shadow, Disappear Always, Nocturne) en un seul mot, : évidentes.

Plus que des copies des canons des grands anciens, elles parviennent à  capturer l’essence d’une époque où une pop de belle tenue, celle des Field Mice ou des Orchids, avant de se placer comme un produit d’appel, se préoccupait surtout d’exprimer le plus sincèrement possible ses sentiments et faire de son apparente, fragilité une force. On appelle ça l’élégance.

Franck Rousselot

Wild NothingNocturne
Label : Captured Tracks / Bella Union
Date de sortie :,  3 septembre 2012

site Wild Nothing
Wild Nothing sur Captured Tracks
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