Françoiz Breut – La chirurgie des sentiments

Après avoir fait paraître des albums sur différents labels c’est depuis la microstructure »caramel beurre salé » que la Bruxelloise nous convie à  une dissection magistrale des facettes de la vie humaine.

En commençant à  rédiger ma critique, je me suis rendu compte que j’avais toujours cédé à  une certaine facilité par le passé, et décrit le travail de Francoiz Breut à  l’ombre des collaborations parfois envahissantes, des musiciens et amis qui ont croisé et/ou compté dans sa vie.

Rarement me suis-je penché sur ce qui était sous mes yeux. Cet extrait du »grand tableau ». Ce petit détail dans une fresque de Jérôme Bosch: nulle part ou presque dans la bio de son site en .be Francoiz Breut ne se revendique entièrement comme auteur compositeur-interprète. Non non. Françoiz est surtout illustratrice. Et en plus elle fait de la musique. Et l’illustration de livres de jeunesse notamment, n’influence pas la musique dit-elle, dans une profession de foi que j’ai du mal à  croire sincère.

Parce que musicalement. La chirurgie du sentiment c’est tout à  fait ça. Un disque illustration. Un disque de couleurs qui se mélangent sur une feuille blanche.

Formellement d’abord. La pochette semble un collage au diapason formel du patchwork d’influences qui compose le disque: on s y souvient qu’elle s’est faite connaître au milieu des années 90 en étendard et pièce rapportée des chantres francophones du DIY et de l easy listening. On s’y rappelle qu’elle a inspiré Calexico dans un univers pop/folk Tucson-isant, ou qu’elle a toujours nourri un goût certain pour le rock anglo-saxon. On y découvre des arrangements soignés, intimes, et des influences à  aller chercher jusqu’en Amérique du sud.

La construction sonore aussi évoque le travail des coloristes et dessinateurs. Les morceaux de l’album sont composés de »taches » sonores subtiles et diluées comme des gouttes échappées du pinceau de l’aquarelliste. La voix elle même reçoit ce traitement sans broncher.Placée en retrait dans le mix, elle est un instrument, une teinte. La voix se fait extraits épisodiques de signifiance quand quelques mots s’échappent du nuancier des mélodies, dont on se moque de comprendre l’histoire complète à  la première écoute. En associant toutes ces plages de couleurs, ces sonorités et ces bribes de mots, on se retrouve face à  un tableau nourri à  l’impression toute personnelle de son auteur.

Enfin il y a le travail, patient, de conteuse. Breut nous raconte des histoires en Tu, en Il, patient travail de narration. Francoiz évoque des souvenirs universels, des craintes humanistes, des types humains. Chaque chanson est construite comme une histoire, une nouvelle, une fable aux morales diluées. Il n’y manque guère que les dessins en page de droite, Pour que la chirurgie des sentiments se transforme en livre de contes pour enfants devenus adultes mélancoliques. Un disque qui ne se donne pas entier à  la première écoute, pour mieux se livrer ensuite, par petites touches à  l’image de son interprète, diablement attachante.

Denis Verloes

Tracklist

Label: caramel beurre salé / la baleine (F) / Pias (Be)
Date de sortie: 2 octobre 2012

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La critique de A l’aveuglette

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