5+5 = Emmanuel Tugny

Emmanuel Tugny est une de ses personnalités fantasques qui peuplent parfois la pop music. Dilettante doué, l’homme est à  la fois diplomate, écrivain, poète, chroniqueur et »musicien. Il a vécu au brésil, en Russie et semble toujours partant pour aller explorer encore d’autres contrées du globe, tant qu’il y a à  apprendre et à  profiter. Leader de Molypop, initiateur avec Olivier Mellano du projet album rouge qui regroupe musiciens et écrivains, Tugny a franchi le pas de l’album solo en 2009 avec »So ». Mais l’envie de jouer collectif et de partager ses passions musicales avec d’autres compagnons de route s’est vite fait sentir. En 2012 il revenait avec son groupe Molypop pour l’album, « La Bande Perdue ».

janvier 2012

5 disques du moment :

Sixto Rodriguez, »Cold Fact »1970
drôle de voix, drôle de basse; drôles de pompes de guitare et puis tout ça vous véhicule, doucement doucement, de la joie un peu aigre, comme un rien (voir Labi Siffre).

Milt Jackson sextet, »Invitation » 1962
le chic absolu, on a l’impression tenace que tout ce qui est gracieux au champ des arts est là  : Truffaut, Twombly, Ellington, Arp, Ronet Maurice, Risi, Garrincha, etc.

John Adams, »complete piano music » 2006
le plus sereinement duplice des minimaux, j’aime l’idée de ce travestissement incessant de son »fil de l’oeuvre » sous des aventures qui ne le mettent jamais en péril, vraiment.
Et par Ralph van Raat, de chez Naxos, c’est tout dire, depuis l’antique…

Olivier Mellano, »How we tried a new combination of notes to show the invisible » 2012
Olivier Mellano est très souvent un personnage de mes livres. Il est aussi un partenaire musical régulier. Il est là  tout entier : son propre itinérant grand cirque d’ange résolu.

Terry Riley, »Poppy Nogood and the Phantom Band » 1967
comme le raclement de gorge effrayant et formidable de désir contenu d’une époque radicalement refoulée par la piètre nôtre.

5 disques pour toujours :

Charles Mingus, »Tijuana Moods » 1957
Mingus évidemment, cet album-ci (et pas Mingus Dynasty, Ah Um ou Oh yeah…) parce que ce fut pour moi le premier, peut-être aussi parce s’y exprime une sauvagerie savante qui est tout ce que j’aime, une sorte de »gitanerie » de fièvre de liberté folle, de sagesse généreusement malade. Je triche un peu : il faut écouter le ravellien Diane, sur Mingus Dynasty, de 1959.

The Beatles, »Abbey Road » 1969
Un jour on demanda à  Borgès de commenter un poème de Baudelaire : il rendit une page où il avait recopié le poème.
Difficile de faire ça en musique, impossible côté Beatles, mais on aura compris l’idée.

The Cure, »Faith » 1981
La musique pop postule jusqu’à  son absence dans un disque de pop. Un des plus beaux et radicaux moments de construction de cette absence, de prise à  revers, c’est à  dire de révolution, que je connaisse en pop, c’est Faith.

Olivier Messiaen, »Vingt Regards sur l’Enfant Jésus » 1944-1945
Voir Abbey Road ? oui, mais ceci : c’est la »pièce » où je serai en paix, toujours.

Robert Wyatt, »Rock Bottom » 1974
C’est le disque à  la fois le plus cérébral et le plus organique que je connaisse : ça parle au sang depuis le sang, comme un rêve d’Artaud.

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