Youth Lagoon – Wondrous Bughouse

Attention, énergumène ! À l’heure du deuxième album, étape redoutable pour tout jeune artiste après un premier opus justement remarqué, il n’est que nécessaire de saluer la vaillance et l’entêtement de l’oiseau Youth Lagoon.

Vaillance, car l’ami Trevor Powers, qui avait enchanté 2011 avec The Year Of Hibernation, irrésistible refuge de songes dream pop intimistes illuminé par sa voix tremblée, n’a pas peur en publiant un Wondrous Bughouse assez azimuté de pousser plus loin sa radicalité.
Jusqu’à  plonger tête la première l’auditeur en plein psychédélisme débridé ainsi que l’atteste fièrement sa pochette bariolée et les titres zarbis de ses chansons.
Et entêtement, car le jeune compositeur venu de l’Idaho, en persévérant plus avant dans ses marottes sonores et mélodiques, ne fait que rester fidèle à  sa propre nature de maverick porté sur le bizarre et la singularité en s’offrant cette fois-ci l’ampleur d’une production XXL à  la générosité bigger than life.
À l’auditeur perplexe qui ne saurait comment aborder Wondrous Bughouse – il en y aura – le morceau The Bath (Le bain) vous en donnera la clé : jetez-vous à  l’eau.
Si The Year Of Hibernation était le disque d’un spationaute égaré reclus dans sa caverne, cette « merveilleuse maison des insectes » serait plutôt celui d’un plongeur tapi dans les recoins subaquatiques d’un océan magnifique et houleux. Ou bien dans les méandres de son propre cerveau, agité comme les visions lysergiques d’un consommateur de LSD.
Abandonnant le minimalisme d’obédience 4AD de sa précédente étape, Youth Lagoon poursuit haut son ascension vers les étoiles, tutoyant le gratin de l’onirisme psyché pop sous psychotropes (obédience Brian Wilson / Syd Barrett / 13th Floor Elevators), mais férocement plongé dans le versant sonique du grand bain contemporain, tendance pop déviante (Animal Collective / Panda Bear / Atlas Sound). Avec un œil toujours attentif cependant, malgré les apparences,  à  la lisibilité.
Un plongeon libérateur, vannes grandes ouvertes, dans une certaine folie sonore, où Trevor Powers – avec ou sans usage de substances illicites, on ne veut pas le savoir – semble apaiser ses angoisses psychiques et se faire autant voisin de lit du romantisme schizophrénique de Daniel Johnston que des vagabondages sonores d’un autre fêlé, le Bradford Cox d’Atlas Sound.
Où même la méga-production très présente aux effets distordus, assez proche des habitudes de Dave Fridmann ou Sonic Boom, ne parvient pas à  cacher la qualité constante de ses mélodies.
Car faites l’essai : visitez sans peur tous les recoins de ce jardin de pieuvres parfois inquiétant (Sleep Paralysis) ou naïf comme un dessin d’enfant (Third Dystopia), une fois ce monstre aux allures difformes apprivoisé, les refrains du redoutable Mute, du grand tube barré Dropla, au mantra obsédant « You’ll never die », du beatlesien Pelican Man ou de l’alambiqué, épique et émouvant Raspberry Cane, cesseront de vous rendre perplexes pour vous devenir complètement lumineux et indispensables, du jour au lendemain.
Inventive, colorée, parfois excessive mais aux vertus euphorisantes, une odyssée enchantée et addictive qui confirme haut le talent éclatant d’un prodige attachant. Lequel a beau afficher les habits de base de l’indie popper mais démontre ici avec éclat que la bizarrerie affichée n’est rien sans le vrai talent et la sensibilité.
Suivez sans crainte par la main ce lutin d’à  peine vingt-quatre, ans à la voix crashée, sa maison des insectes est une mer aux merveilles. Disque fêlé, oui, mais grand disque.

Franck Rousselot

Youth LagoonWondrous Bughouse
Label : Fat Possum Records
Paru le lundi 18 mars 2013

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