Trixie Whitley – Fourth Corner

Bon sang ne saurait mentir et c’est ainsi que la fille de Chris Whitley déboule avec un album teinté de soul et de blues. Une machine bien huilée, mainstream dans l’âme, qui aurait pu être réussie mais qui devient vite insupportable.

 

Trixie est une enfant de la balle donc, et son CV ressemble à  la chronique d’une star annoncée. Des aptitudes aussi précoces qu’exceptionnelles pour la musique et la composition. S’ajoutent à  ce pédigree, une voix d’exception aux tonalités naturellement soul ou blues et une liste de fameux amis musiciens aussi longues. Un exemple significatif : , son premier EP est sorti à  21 ans et il est produit par… Meshell Ndegeocello. La suite de l’histoire ressemble au walk of fame de la musique, Daniel Lanois, Robert Plant, Marc Ribot, Marianne Faithful…, ils sont tous là , jusqu’au batteur de, Wayne Shorter,, tous heureux de collaborer avec la demoiselle. A ce niveau là , ce ne sont plus des pointures, c’est le magasin de chaussures tout entier !

Arrive donc le premier véritable LP de Trixie Whitley, un Fourth Corner qui suinte, par tous les pores, le professionnalisme et la compétence musicale. Mais le problème est que cet album, prédestiné à  être un chef d’oeuvre, est …raté. Oh pas sur toute la longueur, pas totalement, mais plutôt par son essence même. Sur les bons titres du disque, Trixie laisse entrevoir ce que Fourth Corner, pourrait donner : une Phoebe Killder ou même PJ Harvey en plus soul, une présence chaude et sensuelle enflammant des guitares vénéneuses (Irene, Never Enough), un univers entre suavité mélodique et trouble lynchien.

Mais la vie est ainsi faîte et Trixie Whitley fait aussi ce que l’on attend d’elle : elle a des possibilités vocales incroyables, qu’elle le montre ! Cette musique est faîte pour plaire au plus grand nombre, allons-y à  fond ! Et c’est dès lors, une affaire de (mauvais) goût, un problème de culture de masse aimant les démonstrations, la grosse cavalerie musicale, les mélodies imaginées en soufflerie ; celles qui offrent le meilleur indice d’émotion dans l’air. Dès lors, Trixie minaude, Trixie en fait des tonnes et Whitley devient Whitney. La musique se met aussi au diapason de cette tentative de séduction à  tout prix et une sorte de sentimentalisme béât investi tout le disque : c’est du Alicia Keys avec quelques guitares en plus, histoire de donner une caution »rock » ou »folk » (Morelia) dans un océan qui exprime tout le contraire. Mais cela ne trompe personne, on a droit à  tous les clichés, à  des mélodies et des manières éculées par 30 ans d’industrie musicale mais certifiées successful. Tant pis pour la personnalité, la prise de risque, la nuance et le (vrai) frisson.C’est peut-être le goût de Trixie mais pas le mien (après tout, cette chronique peut être perçue comme un délit de sale musique ?). Je quitte, dès lors, NRJ pour aller (mieux) respirer ailleurs.

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Denis Zorgniotti

Date de sortie : 20 mars 2013
Label : Umday records

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