James Blake – Overgrown

Posons le fait. Ce nouveau, et excellent, deuxième album ne réglera pourtant encore pas »le, cas James Blake » aux yeux de ses réfractaires. Propulsé, petit prince du post dubstep à  la faveur de nombreux EP élaborant une électro expérimentale tissée d’un entrelacs complexe de samples vocaux et d’effets sonores à  tendance hypnotique (le dubstep et post dubstep, donc), son premier album éponyme très, – trop, – attendu a ensuite beaucoup divisé.

Plus orienté gospel et soul, minimaliste et épuré, habité de sa voix pure de néo-crooner, James Blake, l’album fut autant perçu par ses fans d’hier comme un virage r.’n’b consensuel accouchant d’une musique décorative autant qu’il séduisit et enchanta en révélant au grand jour les vertus d’un genre auparavant confidentiel.

Deux ans plus tard et malgré des prestations scéniques pas toujours essentielles, le jeune anglais persévère et creuse en franc-tireur têtu son identité. Continuité mais aussi changement dans ce second chapitre. Si Overgrown ne change pas les fondamentaux de son électro-soul mutante, l’atmosphère y est moins ostensiblement janséniste,,  les effets moins voyants et la production plus directe.

Si son premier essai le voyait tenter de marier le spleen spirituel de Nina Simone, la mélancolie maniérée d’Antony & The Johnstons et le dub de, Burial et Mount Kimbie au risque du grand écart et d’affèteries inutiles, Overgrown le recentre vers son identité de base et son point fort, : le son.

Grand petit manitou sonique, James Blake soigne le décor sonore avec la dextérité d’un metteur en atmosphère où le son raconte autant, sinon plus, que les paroles. Overgrown, To The Last, Retrograde, I Am Sold : autant de redoutables pièces musicales qui reconduisent les noces du jeune homme avec la musique noire et la néo soul et son goût des architectures sonores élaborées au parfum magnétique.

Mais plus frontal, dynamique et rythmé, ce nouvel opus convainc en développant un aspect plus chaleureux doublé d’une élégance jamais prise en défaut. Conviant RZA, grand rappeur du Wu-Tang Clan, (Take A Fall With Me) ou se mesurant au vieux sorcier ambient Brian Eno sur l’hypnotique Digital Lion, le gentleman Blake a l’élégance de paraître se fondre dans le style de ces partenaires choisis.

« Paraître » seulement, car c’est bien lui, son goût des titres mid-tempo, son vibrato pur et sensuel de D.’Angelo blanc multiplié en échos, son art des architectures subtiles et hypnotiques bonifiées par des codes hip-hop et rythmes plus dance-floor (les dansants Life Round Here et Voyeur), le magnétisme désincarné et enveloppant à  la fois de son univers en apesanteur qui, malgré ses airs de somnambule, mène sa danse précise.

Exécutée, avec une harmonie nouvelle qui doit aussi au fait qu’il est parvenu à  mieux intégrer les trouvailles dub et les boucles de ses débuts (le bonus Every Dan I Ran), son électro rêveuse, entre caresse soul et solitude consolatrice pactisant avec le silence, continue de plus, belle d’entrer en résonance avec notre monde intérieur, d’apaiser nos, vagues à  l’âme apprivoisés, de faire danser nos souvenirs et nos regrets.

Tant pis si Overgrown ne règle pas le cas James Blake, l’important est, qu’il existe, l’important est de l’écouter.

Franck Rousselot

James Blake – Overgrown
Label : Polydor / Republic Records
Date de sortie : lundi 8 avril 2013

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