Ladivine, de Marie Ndiaye

Après le triomphe de  » Trois Femmes Puissantes  » récompensé en 2009 par le Prix Goncourt, Marie Ndiaye nous revient avec  » Ladivine  » roman se déployant également autour de trois figures féminines.

 » Ladivine  » relate tout d’abord les rapports complexes qu’entretiennent Malinka et sa mère Ladivine, qu’elle surnomme  » la servante  » ou  » la négresse « . A force de non-dits, leur relation s’altère, notamment depuis que Malinka a compris qu’elle ne connaitrait jamais l’identité de son père, ce que Ladivine semble pourtant se refuser à  réaliser, déclarant même attendre le retour de son homme à  la maison. Les liens unissant les deux femmes deviennent ainsi de plus en plus distants, froids, et non spontanés, quand bien même elles continuent à  s’aimer pudiquement, comme  » deux fleurs obscures « .

Car si Ladivine traite sa fille comme une princesse, Malinka a horriblement honte de la personnalité de sa mère. Malinka quitte alors Ladivine et part mener sa propre vie, humble vie de serveuse dans un bar, puis dans une pizzeria. Existence certes modeste, mais relativement joyeuse, où Malinka tente de se faire reconnaître dans le regard des autres, de se faire apprécier ou secrètement admirer. Une zone d’ombre déteint toutefois toujours sur sa vie : l’existence de sa pauvre mère à  Bordeaux, à  laquelle elle vient rendre visite tous les mois. Mais Malinka a désormais changé de nom, se faisant appeler Clarisse, et cache tout de sa nouvelle vie à  sa mère,qu’elle juge toujours aussi absente, discrète, effacée, et dont le caractère lui fait définitivement honte.
 » Ladivine  » se déploie donc autour des relations étranges qu’entretiennent les deux femmes, Clarisse se sentant finalement coupable de donner la saveur d’un  » pain amer,  » à  l’existence de Ladivine. Par là , Marie Ndiaye se focalise sur les sentiments qui les traversent, faisant de  » Ladivine  » un roman psychologique. Des litanies scandent le cours du récit et des descriptions des états d’âme des personnages, comme des pensées ressassées assaillant régulièrement leur conscience.

Les thèmes de la dualité, du double, et du mensonge ne sont jamais très loin. Le roman se structure notamment en deux grandes parties, où Malinka change donc de nom et mène une sorte de double vie, dissimulant à  sa mère l’existence de son mari Richard Rivière et de sa fille, qu’elle prénomme également Ladivine.

Le cours du récit s’enracine ainsi dans le quotidien morne d’un village de Gironde, Langon, où des drames inouîs vont bientôt surgir. La peur, l’angoisse et l’étrangeté prennent alors le pas sur la monotonie, et l’écriture de Marie Ndiaye produit des fulgurances, comme un coup de couteau planté en pleine gorge, ou comme un corps qui soudain s’écrase dans le vide.

La réalité prend les allures d’un cauchemar, le fantastique se mêle à  l’ordinaire, alors que les rapports de famille, quelle que soit la génération, demeurent toujours aussi problématiques, le roman se concentrant alors sur la vie berlinoise de la fille Ladivine, de son mari Marko et de de leurs enfants, lors d’un séjour en vacances débutant sous de bien mauvais hospices. Une inquiétante présence rôde autour d’eux, sans que l’on sache encore si elle les veille ou les menace, leur promettant alors peut-être un sort funeste.

François Salmeron

Ladivine, roman de Marie Ndiaye
Editions Gallimard
403 pages, 21,50 Euros
Sortie : 14 février 2013

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