Diaz, un crime d’Etat – Daniele Vicari

C’est un film très éprouvant pour les nerfs qui ne fait pas semblant d’être manichéen puisqu’il est un terrifiant brûlot, une oeuvre à  charge revenant sur les événements tragiques qui survinrent lors du sommet du G8 en Italie à  Gênes en juillet 2001. Durant la dernière nuit, tandis que des militants de tous horizons quittent déjà  peu à  peu la ville, 300 policiers donnent l’assaut de l’école Diaz où à  peine une centaine d’activistes accompagnés de quelques journalistes ont trouvé asile pour une nuit qui se transforme en cauchemar.

Scénarisé à  partir des minutes des procès qui ont statué sur les exactions violentes et disproportionnées de la police, le film épouse les codes du genre choral, en multipliant les personnages qui finissent par se croiser, sauf pour ceux que le hasard a ironiquement tenus éloignés du lieu fatidique, dans l’école. Assoiffés de violence, frustrés d’être empêchés d’agir depuis le début du sommet, les flics encouragés par leur hiérarchie laissent éclater leur sauvagerie en matraquant sans distinction hommes et femmes, jeunes et vieux. Un débordement inhumain et incompréhensible au regard du motif bénin (un jet de bouteille) qui le justifie. Et qui ne se limite pas au périmètre de l’établissement scolaire, mais se poursuit, avec plus d’acharnement et de perversion, à  l’abri des regards, dans les locaux de la police.

Donc des agissements totalement inacceptables et inexcusables, ce que les autorités parlementaires de l’Italie n’ont jamais réellement condamné, alors que les délais de prescription s’épuisent peu à  peu. Au delà  des comportements fascistes des forces de l’ordre, le film qui a dû être compliqué à  réaliser montre efficacement l’état d’anarchie et d’apocalypse qui saisit la ville. Une impression renforcée par les départs en masse des militants, ressentis comme une forme d’exil ou, pire, d’abandon. C’est aussi le sentiment d’un énorme gâchis, d’un fossé qui se creuse entre toutes les formes du pouvoir et une jeunesse mondialisée qui refuse d’entrer dans le rang. Si on ne peut que souscrire à  ce terrible constat, on est également en droit de trouver le film complaisant et insistant par endroits, reléguant du coup à  l’arrière-plan l’ensemble des personnages sans doute trop nombreux et donc traités de manière superficielle et parfois floue. C’est donc un film que l’on verra avec ses yeux de militant – et en ce jour horrible de la mort de Clément Méric, il prend hélas une dimension singulière – en laissant au vestiaire sa panoplie de cinéphile.

Patrick Braganti

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Diaz, un crime d’Etat
Drame italien de Daniele Vicari
Sortie : 5 juin 2013
Durée : 02h03

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