Deerhunter – Monomania

C’est marrant, toutes les critiques que je lis sur le nouvel album de, Deerhunter, parlent d’abord beaucoup de, Bradford Cox. Ses caractéristiques génétiques, son côté caractériel avec la presse, son côté dictateur parfois aussi. Puis les défections, les projets personnels sous le nom de, Atlas Sound, etc. etc. Ok pourquoi pas. Mais comme dirait l’Alsacienne: quel rapport avec la choucroute?

J’en retiens surtout que, Deerhunter, a acquis via quelques albums – en fait surtout depuis le dernier,, Halcyon Digest, et les essais solo sous l’avatar, Atlas sound, – un statut de groupe »générationnel ». De ceux qui cristallisent l' »air du temps » d’une génération: son affect, son ambiance, ses angoisses. Comme plusieurs autres avant lui dont, Nirvana, Pavement, GYBE,, ou, Placebo, par exemple. Et avant eux… ou là  mais ça c’était avant. Il en transparaît un certain mal être, une certaine inadéquation avec le monde contemporain, qui colore l’album dès avant d’en entamer l’écoute. Qui agit comme un calque posé sur le monde moderne (mes formules sont de pire en pire, mais je me soigne).

Musicalement dès la première écoute de l’album on se rend compte que, Deerhunter, muscle le jeu du côté des guitares. Il y a plus de rock et moins de pop que par le passé. Et chacun des titres, pris indépendamment, est une petite bombinette en soi, servis par des mélodies barrées, bancales, mais imparables… En fait comme on croyait n’en jamais trouver que chez, Sonic Youth, pour des siècles et des siècles à  venir: des fuzz, des larsens des grincements tout, Thurston Morien.

Il y a aussi, et je viens de l’évoquer en partie, une redoutable aptitude à  développer des mélodies quasi pop. Du genre de celles qui firent les beaux jours de, Supergrass,, , ou encore de, Pavement, évoqués plus haut., Leather Jacket II, est à  ce titre le, in it for the money, ou le, stereo, de, Deerhunter. Mais on pourrait aussi évoquer la formule mi blues mi sautillante du, Beck, de, Loser, et, one foot in the grave, qu’on ne serait pas encore à  côté de la plaque. Ca »overdrive » un maximum, mais ça n’oublie jamais de venir s’insinuer durablement dans les oreilles pour ne plus jamais les quitter, comme siça avait toujours été là  et qu’on ne s’en soit pas rendu compte. Du rock qui se construit avec les artifices de la pop.

La bande à , Bradford Cox, est par ailleurs un véritable aspirateur à  influences. On navigue dans l’histoire du rock, passant allègrement des, Beatles, au claviers 70’s jusqu’au rock DIY de la moitié des ’90s en passant par une bonne dose de punk.


La grande force de, Deerhunter, est de rendre ce patchwork sur papier étrangement cohérent à  l’oreille: par une voix qui fait le liant entre les styles, les ambiances et les époques; par une guitare distordue qui rend l’ensemble énergique et sans faute de rythme ni de goût.

On songe que, Deerhunter, aime sans doute à  balancer des doigts d’honneur à  ceux qui aimeraient les classer mais aussi, pourquoi pas, à  ses fans comme au bon vieux temps des, Ramones; des fans qui se retrouvent finalement très heureux d’être molestés. Parce qu’on aime se faire mal. Parce que je t’emmerde.

Assurément un des albums qui écriront la petite histoire de 2013,, Monomania, en capture l’air du temps: en crise, désabusé, à  vocation punk mais fondamentalement gentil et amateur de sucreries.
Simple et efficace. L’album est une preuve que le rock est capable encore et encore de recycler les mêmes codes en arrivant, parfois à  faire émerger des rejetons prodiges., Deerhunter, est de ceux là : classe 2010/2015. Quant à  dire si dans dix ans on se rappellera de cette séquelle contemporaine, je serais bien en peine d’essayer de m’avancer.

Denis Verloes

 

Tracklist

Label:, 4AD / Beggars
Date de sortie:, 7 mai 2013

Plus+
L’espace Myspace
Le site officiel
Une page facebook

Envie de partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *