Anouk Aïata – La femme mangeuse des nuages du ciel

Quand on prend son temps, –terme hypocrite pour signaler qu’on est en retard-, on a parfois des surprises au moment d’évoquer certaines rencontres musicales de cette année 2013. La rencontre avec la musique d’Anouk Aîata fait partie des ces surprises.

Sérieux, vous avez écouté quoi cette année en chanson française qui vous a réellement enthousiasmé ? Tellement enthousiasmé en tous cas, que vous avez éclipsé la sortie du premier album d’Anouk Aîata de vos playlistes?

N.B : Notez que je dis chanson française, avec le brin d’ironie fourre-tout que le terme recouvre. Je dis chanson française pour parler d’un spectre musical qui irait de Aline à  Jenifer en passant par La Femme, Stromae et Alex Beaupain. Un spectre très large qui essaierait d’englober la prétention des  » fashionistas  » indé et les goûts spécifiques des amateurs de télé crochets d’un nouveau genre, où des coachs étendard de la variété française, jettent leur dévolu sur des jeunes pousses.

Je me permets la question, parce que je trouve qu’on ne parle pas assez de  » la femme mangeuse des nuages du ciel  » à  l’heure d’évoquer les premiers bilans de l’année musicale. Et je nous /vous trouve cruels, un peu, du coup.

Anouk Aîata, c’est un pseudonyme. Le personnage de scène du duo pensant qui préside à  la destinée de ce que j’ai envie d’appeler un groupe, plutôt qu’une soliste. Soit une (jeune et pimpante, bien entendu) trentenaire, Anouk Aîata, toute débordante d’une gentille exubérance qui semble masquer une timidité constitutive ; et de son alter égo de l’ombre, Amos Mâh, musicien- parolier tout en réserve et discrétion. Anouk Aîata ou la rencontre de ce Yang solaire à  la voix un peu pincée, – comme mon imaginaire se plait à  représenter les parisiennes chantantes dans la grande tradition musicale de l’hexagone- et d’un Yin compositeur en retrait, moins à  l’aise avec la médiatisation, amoureux du juste mot et de l’arrangement musical impeccable.

On pourrait facilement inscrire Anouk Aîata dans la tradition des chanteuses françaises à  texte, à  voix. Ce serait oublier la composante  » folk  » qui s’immisce tout au long de l’album. Je dis folk comme j’aurais dit  » scout  » tant j’ai l’impression que la femme mangeuse des nuages du ciel est avant tout un album de bien être, qu’on dirait avoir été écrit , joué et »performé » au coin du feu, entre amis, à  la fraîche. Ce serait oublier aussi la science de la musicalité dont le duo fait montre au fil des onze titres qui composent un album qui passe de l’anglais au français sans en faire des caisses.

Mais Anouk Aîata n’est pas non plus le groupe de beatniks que je te sens soudain imaginer, lecteur, tout ça parce que j’ai parlé de feu de camp et parce que l’imagerie de la demoiselle la montre avec des plumes et des ponchos colorés.

Un groupe à  l’exact point de rencontre entre la tradition Piaf-ienne, la couleur d’un Madredeus, les facilités folk d’Alela Diane, et la simplicité d’Emily Loizeau. Assurément.

Il se dégage de l’album une certaine classe. Une bonhomie faite marque de fabrique qui camoufle une véritable richesse musicale et humaine. Anouk Aîata, le groupe, développe une atmosphère plutôt qu’une expérience strictement musicale. Les premières écoutes m’ont amené au coin du feu de bois certes, mais les suivantes m’ont appris à  décortiquer les jolis sons : le bruit des doigts sur les cordes de la guitare espagnole, les violoncelles, les ukulélés, les bongos, les contrebasses, les percus, l’orgue.

Il en découle une alchimie entre l’ambiance et la richesse du son qu’on retrouve notamment dans la session acoustique que j’ai eu la chance d’organiser avec  » le groupe « . On est d’abord transporté quelque part à  côté d’une roulotte de passage, avant d’être épaté par le jeu des musiciens. J.’espère que vous aussi vous le ressentirez.

J.’ajoute que j’ai été d’autant plus agréablement surpris de constater que les êtres humains derrière l’album correspondent exactement à  l’image que leur musique renvoie d’eux : enthousiasme, jusqu’au boutisme, goût de la belle ouvrage, modestie et simplicité en sont quelques unes des caractéristiques.

Du coup vous attendez quoi pour foncer les écouter, les voir, ou acheter leur disque, qu’on rende justice à  un des plus jolis albums de chanson française à  large spectre de cette année 2013 ?

Denis Verloes

Tracklist

Label: Barclay / Universal
Date de sortie: avril 2013

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Anouk Aiata – L’Arbre à  Plumes par deezer

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