Sieur & Dame – Amour et Papouasie

On le sait, il se passe des choses à  Nantes et le label Kythibong témoigne souvent de cette effervescence , créatrice. Etienne Anclin et Claire Grupallo ne sont donc pas les derniers quand il s’agit de faire bouger les lignes, d’ouvrir de nouvelles voies navigables, de brouiller les pistes et même d’ouvrir une faille spatio-temporelle. Toutes les images fonctionnent et ce Sieur & Dame a de quoi étonner , voire choquer…avant de séduire irrémédiablement.

Amour et Papouasie, »beau comme la rencontre sur une table de dissection d’un parapluie et d’une machine à  écrire » (suivant le mot célèbre de Lautréamont), est un album iconoclaste. Etienne chante d’une voix nasillarde de petite souris sud-américaine, Claire est une diva comme on n’en fait plus, outrancière à  souhait. Les guitares électriques cotoient un orgue d’église, un clavecin de salon et des percussions de sabbat noir. La musique pourrait être assimilée du punk médiévale et donnerait presque envie de brûler quelques sorcières (Chaleur Malheur,, Cavaliers co-écrit avec les deux Mansfield.Tya). , D’aller se dévergonder dans un cabaret allemand échangiste de l’entre-deux guerres (Titi Yoto). Ou encore de danser un petit flamenco juste au-dessus d’un volcan (Libera me). Vous voyez le tableau ? ou plutôt les tableaux ?

Pourtant, l’essentiel n’est pas là . On loue d’emblée la créativité indéniable du duo – augmenté de Jonathan This Melodramatic Sauna Seilman, musicien, enregistreur et mixeur de l’album, mais finalement, on ne rît pas devant ce qui pourrait devenir une caricature de lui-même. Le trait est grossi ; le groupe ne se prend pas vraiment au sérieux. Pourtant, Claire Grupallo n’est pas Cathy Berberian, perruque et corset compris, même quand elle chante d’une voix d’opéra : »j’ai les dents longues comme un animal » (Torride, piquante ballade noise hispanique…avec Sieur & Dame, on invente en permanence de nouveaux genres musicaux). A l’image de la musique, la jeune femme sait faire preuve d’une sensibilité de porcelaine (le début de colère, est proche de Madredeus). Elle touche même cette part de Sacré dévolue à  la musique, privilège suprême donné à  certaines voix. Ce ne sont pas »le mystère des voix nantaises » mais cela y ressemble fortement, dans un état de grâce atteint pourtant avec insouciance (Colère, libera me). Sans doute aidé par Seilman, le duo reprend toujours le contrôle d’une musique hors gabarit toujours en porte-à -faux, et arrive à  trouver sa propre expression de la finesse (la perdue, magnifique). Et derrière cette musique fabriquée, et cette comedia dell’arte, transparaît une vérité bouleversante. Il y a là  du sang, des larmes, des cris, mais aussi beaucoup de douceur et surtout une émotion non feinte. Chapeau bas Sieur &Dame.

Denis Zorgniotti

Date de sortie : 23 septembre
Label / Distributeur : Kythibong / Differ-ant

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