Alpha – Blueneck

C’est vrai qu’avec Alpha, le choc a été initial, avec un merveilleux premier album Come from Heaven., Et depuis, l’auditeur a espéré revivre un tel ravissement. Contrairement à  d’autres artistes, on en était à  ne pas souhaiter de changement dans la maison Alpha, à  être ménagé, dorloté et surtout pas chamboulé. Pas non plus folichon comme situation, d’autant plus que les années passent, les albums sortent …et la déception souvent au rendez-vous, même quand les albums sont bons (le précédent Eleventh trip l’était fortement) – rien n’est jamais aussi fort qu’un premier amour.

Pour son douzième album, Corin Dingley, leader visionnaire d’Alpha, choisit de remixer certains titres des trois premiers albums de Blueneck, le groupe d’un de ses vocalistes, Duncan Attwood. Ou comment , se ressourcer en s’accaparant la musique d’un des siens. Dans sa prime jeunesse, le groupe de Bristol avait déjà  sorti un album de remixes de ses propres compositions (Pepper). Là  l’exercice est un peu différent, puisque Dingley étend sa source d’inspiration en allant chercher ailleurs, mais pas trop loin non plus. En l’occurrence, la cure de jouvence , est à  puiser chez un collaborateur ; , qui plus est chez un groupe, un peu plus post-rock certes, mais tout aussi ambiant qu’Alpha. Après Pepper le masturbatoire, voici Blueneck l’incestueux. Et si l’on retrouve le style Alpha, atmosphérique et électronique, sur bons nombres de morceaux (Armando, le:465), tout n’est pas du meme tonneau. Sawbones a du nerf, The Guest vous prend aux tripes. Quant à  Industrial Junk, il prend le chemin aventureux d’une friche industrielle irradiée., Le premier évoquerait,  la mezzanine de Massive Attack, les, autres, la cave d’Archive d’où était sorti Londinium.

Cette production puissante, plus affirmée, ne brade pas la sensibilité naturelle de Dingley et d’Attwood mais lui donne plus de corps. On est ainsi doublement gagnant, tout en découvrant un Alpha un peu différent. De même sur Lilitu, on pouvait craindre un excès de sentimentalisme, avec violoncelle et voix perdues dans les limbes, mais là  aussi, le morceau bénéficie d’un traitement qui change l’infusion sirupeuse en liquide plus épais et alcoolisé. Commençant justement sur des arpèges de guitare, Low a des cotés plus post-rock réjouissant, d’une douceur languide, d’une beauté évanescente mais non moins prenante (le titre se termine dans les assauts supersoniques des flangers). Sur les terres d’un Mogwai ou d’un Eraas, ce morceau est sans doute le plus proche de l’univers initial de Blueneck, preuve que dans cet échange de talent, Alpha s’en trouve grandi et Blueneck aussi. Oserai-je dire que nous tenons là  le meilleur disque des Anglais depuis …Come fron Heaven ?


Denis Zorgniotti

Date de sortie : 30 septembre 2013
Label / Distributeur : Don’t touch recordings

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