Sin Titulo – Cameron Stewart

Sin Titulo

Pour cet auteur canadien de l’ombre habitué des contrats comics chez Dark Horse et Image Comics (Catwoman, Batman & Robin »),  » Sin Titulo  » tient sa genèse dans l’absence de titre, justement, et de publication personnelle. C.’est précisément cette frustration d’auteur, celle de ne pas apposer son nom sur sa propre série, ni d’en avoir le temps et la rémunération, qui convainc Stewart de se mettre à  ses stylos. Les vignettes de ce thriller néo-noir naîtront sur la toile en 2007 à  un rythme irrégulier tout d’abord, puisqu’il n’y accorde que son temps libre, mais le web et ses brebis lui permettront de s’y tenir et 7 ans plus tard, Cameron Stewart en ressort avec un bilan critique dithyrambique et deux prix prestigieux sur le continent américain : l’Eisner Award (US) et le Shuster Award (Canada).

Pour cet amateur de David Lynch et Murakami,  » Sin Titulo  » naît d’un rêve retranscrit dans ses 8 premières vignettes et résulte d’un mélange d’éléments autobiographiques, d’improvisation créative et d’une pointe de surnaturel.
Alex vient de perdre son grand-père mais il n’en apprend la mort qu’un mois plus tard, lors d’une visite tardive à  son aîeul à  la maison de retraite. Choqué par cet état de fait et piqué de curiosité par une photo de son grand-père retrouvée dans ses affaires et le montrant souriant avec une jeune femme qu’il ne reconnaît absolument pas, Alex se lance à  corps perdu dans la résolution de ce mystère. Il lutte intérieurement en cours de route pour comprendre ses étranges rêves d’une plage et de cette unique silhouette ombragée par un arbre majestueux qu’il découvre bientôt être la mystérieuse femme blonde. Sa course-poursuite effrénée lui fait négliger, et bientôt perdre tout ce qu’il tenait pour argent comptant dans sa vie : son travail, sa petite-amie, et aussi sa liberté puisqu’il se mettra la police à  dos. Au rythme d’un défilé de personnages plus ou moins belliqueux qu’il rencontre à  la fois en étranges rêves et dans la réalité, Alex escalade vers une réalité parallèle existant aux marges d’un mystérieux tableau appelé  » Sin Titulo  » et peint par un artiste Tchèque nommé Stanislav Vacek.

A bien des égards,  » Sin Titulo  » a le rythme et la profondeur d’un thriller psychologique. Alex est un personnage casanier et égocentrique, qui effectue un voyage douloureux, et, pour la première fois, altruiste, et qui le confronte à  ses démons. Il ira se déposséder de tout pour comprendre le décès de son grand-père et aller au-delà  de son habituelle couardise. Des éléments propres au film,  noir, tels que »femme fatale » subliment le récit pour l’emporter autre part encore, vers un fantastique arbitraire à  la Lynch, et une résolution satisfaisante.
Enfin, son trait, son rythme et sa colorisation sépia ajoutent à  la qualité de  » Sin Titulo  » et lui donne un ton de roman graphique convainquant.

Fort de son melting-pot créatif et intelligent par sa construction,  » Sin Titulo  » aura de quoi séduire les fans à  sa sortie à  Angoulême ce mois-ci.

Sin Titulo
Scénario & dessin : Cameron Stewart
Éditeur : Ankama Editions
168 pages- 19€¬
Parution: Janvier 2014

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