Eels – The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett

Eels 2014Il est toujours réconfortant d’être récompensé par des vieux amis de la fidélité que vous avez témoigné à  leur égard depuis le premier jour.
Réconfortant, et gratifiant, de constater qu’on ne s’était pas trompé un jour de 1996, à  l’écoute du Beautiful Freaks de Eels, en s’amourachant de l’indie rock atypique de celui qui se cachait derrière la simple initiale de E.
Oui, déjà dix-huit ans que bon an mal an, le beautiful loser au regard abattu et à la voix pâteuse Mark Everett distille autant son mal-être à  travers ses disques d’ours pop mal léché autant qu’il y soigne son existence abîmée par des tragédies familiales répétées.
À coup de vignettes cocoono-dépressives dans ses albums aussi accueillants que revêches au parfum doux-amer, Eels a autant côtoyé les sommets (l’inaugural Beautiful Freaks, le double LP aux airs d’exorcisme personnel Blinking Lights And Other Revelations) qu’il a souvent, sans toutefois jamais démériter, rempli son contrat d’indie rocker débraillé de façon plus routinière (Hombre Lobo, Wonderful Glorious). Mais ici, l’usage de son patronyme complet dans le titre ne trompe pas : ce nouvel opus résonne sans conteste comme son album le plus introspectif et personnel.
Comme s’il abandonnait toute réserve ou masque protecteur, The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett affiche une franche unité stylistique resserrée autour de la voix et des mots de son auteur et mise en relief par de discrets arrangements à  l’élégance classique (guitares légères, nuage de cordes, cuivres caressants, piano nocturne) emprunté à  la tradition anglo-saxonne des musicals.
Ouvert et refermé par le thème élégiaque Where I’m At / Where I’m Going, ce disque a l’allure du journal intime d’un artiste qui affiche sans fard ses failles et ses manques (Mistakes Of My Youth) mais évite soigneusement tout piège de l’auto-apitoiement ou états d’âme fabriqués.
Mélancolie et inadaptation oui, mais tout en douceur (Agatha Chang) ou en noirceur funèbre (superbe Dead Reckoning), n’excluant pas un sentiment de grandeur bravache (Lockdown Hurricane), voire même une couleur d’humeur enfantine (Series Of Misunderstandings).
Et tout en rendant discrètement hommage à  des modèles d’artistes intègres comme Randy Newman, Van Morrison ou Tom Waits (le rugueux Gentlemen’s Choice), Mark Everett ose enfin l’émotion toute pure, signant deux des plus belles chansons entendues cette année : Mistakes Of My Youth aux airs de bilan autant déterminé qu’apaisé et A Swallow In The Sun, désarmante de pureté nue.
Disque surprenant de modestie qui n’a l’air de rien lors de la première écoute, ce onzième album de Eels, dense et ramassé est de ceux, qui doivent s’écouter dans l’ordre voulu par l’artiste et dont chaque nouvelle écoute ne fait que renforcer la force tranquille et l’énergie lumineuse qui peuvent paradoxalement animer les pessimistes.
Un vrai beau cadeau offert par un vieil ami pour votre fidélité. Réconfortant je vous dis, et vraiment touchant.
Son plus beau disque ?

Franck Rousselot

Eels. The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett
Label : E Works / PIAS Cooperative Music
Paru lundi 21 avril 2014

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2 thoughts on “Eels – The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett

  1. En voilà une nouvelle qu’elle est bonne ! :-)
    Et ça a l’air toujours aussi bon…

  2. C’est un bon disque, mais pas d’accord pour dire que c’est « son plus beau »: je lui préfère largement Electro-shock Blues et même Beautiful Freak, qui ressemble assez à ce dernier – en mieux.

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